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Par Isabelle de Laminne, responsable du blog MoneyStore


Le sujet fait la une des journaux : la masse monétaire augmente, les banques centrales font tourner la planche à billets. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Comment se crée la monnaie ? Eclairage avec Etienne de Callataÿ, Professeur d’économie à l’Université de Namur.

D’où vient la monnaie ?

Pour mieux comprendre ce phénomène économique, commençons par un retour dans l’histoire. Au départ, des objets symboliques, comme les coquillages, étaient échangés contre de la nourriture, des vêtements. Ensuite sont apparus les métaux précieux rares, comme l’or et l’argent, chers, difficiles à falsifier qui faisaient office de monnaie d’échange pour les biens de consommation. Ces pièces, difficiles à transporter ont été déposées dans des lieux sûrs, des coffres-forts. En échange de ce dépôt, le dépositaire de ces sommes émettait un document reconnaissant qu’il avait ce dépôt en ses coffres. Ce document pouvait être endossé, transféré. C’est le début de la monnaie scripturale. Par ailleurs, le dépositaire sachant que tout le monde ne viendrait pas rechercher tout son avoir en même temps a commencé à prêter ces sommes à des négociants pour leur permettre d’affréter des bateaux ou de payer leur marchandise avant de la vendre. C’est l’apparition du crédit. Tout ce système se base sur la confiance que les gens ont dans cet instrument d’échange qu’est la monnaie.

Et aujourd’hui, pourquoi dit-on que le rachat des dettes publiques par la BCE est assimilé à de la création monétaire ?

Une banque centrale est un organisme qui émet la monnaie d’un pays, d’une nation, d’un espace économique. Elle émet cette monnaie sur base d’un stock d’or, de devises étrangères ou de créances qu’elle détient sur des Etats (des obligations gouvernementales). La Banque Centrale Européenne achète du papier obligataire aux Etats et, sur cette base, elle émet de la monnaie. Elle fait tourner la planche à billets et octroie ainsi du crédit aux Etats. Elle achète actuellement 60 milliards d’euros par mois de créances aux Etats. Elle injecte ce montant dans l’économie.

Et comment cela se passe au niveau des banques commerciales ?

Il y a deux façons de faire des prêts. La première consiste à utiliser les fonds propres de la banque ou les dépôts effectués par les épargnants pour prêter à ceux qui ont besoin de liquidités. Dans ce processus, la banque transforme un dépôt en un crédit. Les dépôts font les crédits ; mais comme on le voit, dans ce cas, il n’y a pas de création monétaire : il y a simplement une transformation d’avoirs en prêts.

Les banques créent de la monnaie lorsqu’elles octroient des crédits sans disposer des montants correspondants. Elles effectuent un jeu d’écritures : les sommes sont inscrites sous forme de prêts dans leurs livres et sont créditées sur le compte du client. Dans ce cas, ce sont les crédits qui font les dépôts. Le stock de monnaie en circulation dans l’économie augmente. Lorsque le client rembourse sa dette, il y a destruction de monnaie.

Comment les banques s’enrichissent-elles ?

Elles ne s’enrichissent pas par l’acte de création monétaire en tant que tel mais par le différentiel de taux d'intérêt entre le taux créditeur et le taux débiteur qu’elles obtiennent sur le volume de crédit accordé. Depuis la crise financière, la profitabilité des banques souffre de deux évolutions. La première est que pour faire un même volume de crédit, elles ont besoin de plus de fonds propres, donc les bénéfices en pourcentage des fonds propres diminuent. La deuxième est que la politique de taux d’intérêt bas comprime l'écart entre le taux débiteur et le taux créditeur.

Comment l’offre et la demande de monnaie déterminent le niveau des taux d’intérêt ?

La demande de monnaie est inversement proportionnelle au niveau des taux d’intérêt. En effet, lorsque les taux d’intérêt sont élevés, les demandes de crédits diminuent. On ne veut pas payer trop cher pour son crédit. En revanche, l’offre de monnaie est proportionnelle au taux d’intérêt : lorsque les taux sont élevés, les épargnants sont plus enclins à déposer leur épargne à la banque et les banques veulent davantage faire des crédits. Le taux du marché est le taux qui équilibre l’offre et la demande de monnaie. Lorsque la BCE injecte des liquidités, cela augmente la quantité de monnaie en circulation et cela provoque une baisse des taux d’intérêt. Elle espère ainsi relancer les crédits et donc l’activité économique. Mais attention, cela aura aussi une incidence sur les prix : si la quantité de monnaie augmente trop ou trop vite cela peut engendrer une hausse des prix et de l’inflation.


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