Entreprise

Les investisseurs les plus sérieux se sentent mal ces derniers jours. Leur portefeuille est malmené. On parle de tous côtés d'un mal mystérieux qui ronge la santé financière des banques : le "subprime". Et en Bourse, les mauvaises nouvelles sont durement sanctionnées. On voit des valeurs de qualité dégringoler de 10 pc en quelques heures, comme si la valeur réelle de leurs activités était mise en cause. Le bon père de famille se demande donc s'il ne devrait pas solder les lignes les plus rentables de son portefeuille et laisser passer l'orage.

Bilan hebdomadaire mitigé

Pourtant, à y regarder de plus près, le bilan hebdomadaire n'est pas désastreux. Chez nous comme ailleurs, les indices font quasiment du surplace. Curieux ? Oui, parce que cet état de choses ne reflète pas la perception que l'on a de la santé des marchés. Intéressant ? Oui, parce que la nervosité actuelle, associée à cette stagnation des cours, pourrait signifier que certains secteurs de la Bourse ont touché un point bas et sont proches d'une possible remontée.

Le secteur bancaire, qui est à la base du coup de tabac enregistré par les marchés ces derniers mois, est sans doute de ceux-là. Sauf accident exceptionnel, on imagine mal les banques européennes tomber encore plus bas. Le niveau actuel de certains titres fait d'ailleurs déjà songer à l'éventualité de raids boursiers.

Fortis vulnérable ?

Fortis est de ces valeurs qui se traitent à des cours préoccupants. Le groupe, dont l'action qui paie un coupon annuel brut de près de 7 pc sur base de ses cours actuels, a suscité récemment une montée en puissance de JP Morgan dans son capital. Un premier pas ? N'oublions pas que la récente augmentation de capital menée par le groupe belgo-néerlandais a pesé assez lourdement sur sa capitalisation boursière pour la faire redescendre sous les 40 milliards d'euros, soit le tiers à peu près de la valeur de marché d'un acteur comme JP Morgan...

Risque "subprime" surévalué

Evidemment, il y a, pour expliquer la faiblesse du titre, une série d'autres facteurs. A commencer par la défiance accrue des investisseurs envers les banques. Elle est liée au risque "subprime" que les banques ont été forcées d'intégrer dans leurs propres comptes. Avec un impact sans doute exagéré sur la perception de leur état de santé par les investisseurs. Avec des accidents réels, comme celui qui a failli coûter son existence à E-Trade, un des principaux opérateurs boursiers en ligne américains dont la solvabilité financière a été mise en doute par un analyste. Le titre a chuté de 40 pc sur la semaine, en dépit d'une belle remontée liée aux explications jugées crédibles de la direction du groupe qui a pourtant pris des positions importantes dans le secteur des emprunts à risque.

Vendredi encore, le groupe Dexia, dont le titre était en chute libre en Bourse en raison de la déception des opérateurs sur ses résultats trimestriels, a rappelé que les réductions de valeur, inscrites en raison de la dépréciation du marché des obligations de médiocre qualité, étaient avant tout dictées par des raisons comptables spécifiques. Pour l'essentiel, sauf accident de parcours exceptionnel, ces postes devraient subir une réévaluation au terme de leur durée d'existence. En conséquence, certains brokers étrangers commencent à revoir leur position sur le secteur, et notamment à propos de Fortis qui vient de se voir attribuer une recommandation d'achat par Merril Lynch. Qui en connaît un bout sur le "subprime"...

Au rythme des résultats

Si l'on devait assister à un début de redressement des banques, leur poids relatif dans les indices aurait théoriquement un effet d'entraînement sur les produits dérivés sur paniers d'actions. On pourrait donc assister à un retour massif des acheteurs aux dernières semaines de l'année. En attendant un tel rallye, les opérateurs ont essentiellement adapté leur stratégie aux publications de résultats de la semaine. Avec des déceptions profondes comme pour Innogenetics dont le titre a atteint un plus bas historique après l'annonce d'une perte nette pourtant moins importante qu'attendu. Il n'y a toutefois pas que de mauvaises nouvelles à analyser. Ainsi, IPTE a fait mieux que prévu (voir ci-dessous), tout comme Befimmo.

Une coquille gorgée de cash

Mitiska a, pour sa part, annoncé une nouvelle cession d'actifs, la vente de la chaîne de magasins AS Adventure suivant de près celle des magasins Brantano. L'entreprise est désormais essentiellement lestée de liquidités. Et on s'interroge, dès lors, sur son avenir. Le cours du titre a reflété les opérations annoncées. Il a encore progressé de 11 pc cette semaine. Plus elle se vide, plus elle monte !

UCB a, par contre, subi un cinglant revers avec l'annonce, vendredi matin, de l'avis négatif rendu par l'Agence européenne des médicaments à propos de l'utilisation du Cimzia, un des "gros-porteurs" potentiels du groupe. Ici, malheureusement, la baisse importante de l'action traduit sans doute correctement le creux attendu dans les résultats de l'entreprise entre le moment de la perte de la protection des brevets sur le Zyrtec (notamment) et le lancement de nouvelles molécules. Le tout est d'imaginer une valorisation intermédiaire. Pas facile.