Entreprise ArcelorMittal

Une chose était particulièrement frappante lors de la manifestation des métallos liégeois mercredi à Namur. Une part grandissante des travailleurs ne cautionne plus la ligne défendue par les syndicats face aux fermetures décidées par le groupe Mittal.

Le front commun continue de plaider pour le maintien d’une sidérurgie intégrée et souhaite attendre les conclusions de la task force avant de réellement entamer la phase 1 de la procédure Renault pour les sept lignes du froid. Et en attendant, il essaie de garder les travailleurs mobilisés pour mener des actions de type manifestation.

Mais problème, les syndicats ont fini par s’aliéner deux catégories d’affiliés. Il y a tout d’abord les irréductibles, rongés par la colère d’avoir perdu leur emploi et qui veulent en découdre avec le système. Ils leur reprochent des actions "inutiles". Voici le genre de commentaires que l’on pouvait entendre mercredi dans le cortège. "Maintenant, c’est fini de se promener comme ça dans des rues où personne ne nous voit. Nos syndicats ne valent rien. Certains ne viennent même plus sur le terrain et préfèrent faire les malins à la télé." Ou, commentant la présence d’un podium où les syndicalistes ont tenu des discours : "C’est pas le 1er Mai, la Fête du Travail. Du travail, on en veut !"

Ensuite, il y a les modérés, ouvriers et employés, du froid mais surtout du chaud, qui n’en peuvent plus d’attendre d’être fixés sur leur sort. "Maintenir une sidérurgie intégrée, c’est une illusion. Nous, ce qu’on veut, c’est que les syndicats règlent le volet social et qu’on sache à combien se montera notre prime de départ" , entendait-on très largement. Un électricien confiait : "Depuis l’annonce des fermetures, j’ai reçu dix offres d’emploi mais je les refuse car je veux ma prime. Je sais que je gagnerai nettement moins bien ma vie ailleurs et j’ai une famille à charge."

Dans l’indifférence

Scène surréaliste au pied du podium syndical à Namur : un petit groupe de travailleurs n’a eu de cesse d’invectiver violemment les représentants syndicaux qui tentaient de passer un message (fade et convenu, reconnaissent certains d’entre eux) : patience, il faut attendre les conclusions de la task force. Le reste de la foule écoutait dans un silence poli et n’a pas applaudi.

Qu’ils l’avouent à demi-mot ou pas du tout, les syndicats le savent : les carottes sont cuites pour le bassin liégeois. Des délégués du chaud osent même affirmer que "perdu pour perdu, autant tout fermer à Liège". Mais pour les autres, il faut sauver les apparences, montrer qu’on se bat (sincèrement souvent) pour les travailleurs, dont beaucoup, peu qualifiés, risquent de connaître le chômage. "Si la montagne task force accouche d’une souris, on avancera rapidement dans la procédure Renault, en évitant au maximum la casse, parce qu’il faut en finir" , confiait un haut représentant des métallos.