Les certitudes de l'aviation s'envolent

PIERRE SPARACO Publié le - Mis à jour le

Entreprise

ANALYSE

Il y a quatorze mois que les attaques terroristes contre New York et Washington, toutes autres conséquences géopolitiques mises à part, ont précipité l'aviation commerciale dans une crise économique sans précédent. Ou, plus exactement, ont violemment accéléré une forte dégradation amorcée dès l'hiver 2000/2001.

Secteur cyclique par excellence, l'aviation commerciale est tristement habituée à une alternance de périodes de relative prospérité et de dépressions souvent profondes. Et ce n'est pas la première fois que politique et basse conjoncture se conjuguent dangereusement: il suffit de penser aux conséquences graves de la crise dite du Golfe, il y a onze ans.

Rétablissement en 2004?

Bien qu'il soit extrêmement difficile de prendre du recul par rapport à une actualité complexe et chahutée, il apparaît de plus en plus clairement que les difficultés actuelles des compagnies aériennes ont une ampleur exceptionnelle, sans doute sans précédent. Les statisticiens en apportent chaque jour de nouvelles preuves chiffrées: les grands transporteurs aériens ne parviennent pas à retrouver leur niveau de trafic d'avant 11 septembre 2001.

Durement frappées, la plupart des compagnies américaines sont littéralement au bord de la faillite. Leurs consoeurs européennes, plus éloignées de l'oeil du cyclone et très réactives, se sont mieux adaptées à la chute soudaine de la demande mais continuent de peiner, à 10 pc en-dessous de leur trafic antérieur. Cette année, les lignes régulières internationales enregistreront des pertes devant se situer entre 3 et 7 milliards de dollars. `Au mieux, le rétablissement interviendra en 2004´, vient d'affirmer Peter Morris, chef économiste de l'IATA. Une petite phrase involontairement assassine lâchée dans la nature à l'occasion du Cannes Airlines Forum, et qui annihile les dernières illusions des optimistes.

Certes, à terme, la croissance reprendra au rythme moyen de 4,3 pc par an, s'est empressé d'ajouter Peter Morris. Cela sans préjuger de l'impact potentiellement désastreux d'attaques américaines contre l'Irak, lesquelles déstabiliseraient une partie des réseaux aériens et feraient sans doute flamber les cours du pétrole.

Quoi qu'il en soit, la confirmation d'une convalescence exceptionnellement longue de l'aviation commerciale indique la nécessité de réviser le diagnostic de la première heure. Ce sont tout simplement des pans entiers de certitudes qui s'effritent peu à peu. Et ils ne saurait être question d'en faire porter la seule responsabilité aux compagnies à bas tarifs, les `low-cost´, dont l'essor bat actuellement tous les records.

René Lapautre, homme de l'art, président de cette rencontre au sommet atypique que constitue chaque année le Cannes Airlines Forum de l'Air Promotion Group, n'y va pas par quatre chemins: `la crise relève d'un choix malheureux, celui de la concentration et de la globalisation, en contradiction avec les fondamentaux du transports aériens´. Et de préciser que les compagnies sont tombées dans un piège, un déni de la réalité, en cherchant le volume, les parts de marché, la concentration, `une fuite en avant vouée à l'échec´.

Un problème de taille

La taille devenue excessive des principaux acteurs les rend très vulnérables et les conduit sur le chemin du déclin. `Ces compagnies deviennent encore plus complexes, plus opaques, en cherchant à offrir des services à toutes les clientèles, sur tous les marchés´. Le temps presse, il conviendrait de changer de direction sans plus tarder mais rien de tel ne pointe à l'horizon.

Une première conclusion vient à l'esprit: si les dinosaures se trompent de route et sont vraiment en danger, une voie royale s'ouvre bel et bien aux `low-cost´. De même, des entreprises conventionnelles de taille moyenne comme SN Brussels Airlines auraient à nouveau un bel avenir devant elles. Une nouvelle donne que tend précisément à confirmer l'actualité.

© La Libre Belgique 2002

PIERRE SPARACO

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