Entreprise

Le 27 novembre 2007, la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) a agréé les deux premiers courtiers bancaires du pays. Les sociétés S.P.C. (Stratégie, Patrimoine, Conseil) et Active Capital sont toujours, à l'heure actuelle, les deux seules à exercer le métier encore méconnu de courtier en services bancaires et d'investissement, prévu par la loi du 22 mars 2006, entrée en vigueur le 1er juillet 2006.

Jusqu'à présent, la profession de courtier n'existait que dans le secteur des assurances. C'est d'ailleurs une habitude bien ancrée en Belgique : il est fréquent de s'adresser à un courtier pour souscrire, par exemple, une assurance auto, une police couvrant la responsabilité civile ou encore une couverture incendie pour sa maison. Par contre, on imagine mal s'adresser à un intermédiaire indépendant pour choisir des produits bancaires. Traditionnellement, le Belge est client d'une seule enseigne qu'il sollicite pour l'ensemble des services bancaires dont il a besoin.

Cette situation pourrait changer. La loi vient de créer le statut de "courtier en services bancaires et d'investissement". Selon le texte légal, il s'agit d'un indépendant ou d'une société "qui ne se trouve pas, pour ce qui est du choix de l'entreprise réglementée , dans un lien durable avec une ou plusieurs de ces entreprises". Bref, cette personne ne peut avoir de contrat d'exclusivité avec telle ou telle banque. Elle doit donc faire preuve d'une certaine indépendance, ce qui la distingue des agents indépendants agissant pour le compte d'une seule institution financière.

Pas pour le premier venu

"Dans certaines banques, le client peut se trouver face à une personne qui se qualifie de conseiller indépendant; or, il ne s'agit pas d'un intermédiaire indépendant mais bien d'un agent de cette banque, à laquelle il reste inféodé !", nous explique Daniel Matthys, le gérant de S.P.C., l'un des deux courtiers bancaires fraîchement intronisés. "Moi, mon métier consiste à analyser la situation du client et à rechercher la meilleure solution pour lui. Mais il arrive tout aussi bien que je ne puisse pas lui proposer une solution. Il s'orientera alors vers une offre bancaire traditionnelle, sans devoir me payer un euro."

C'est que les services du courtier bancaire ne visent pas le premier consommateur venu. Pour que l'intervention du courtier vaille vraiment la peine, il faut chercher à placer au moins 50 000 à 100 000 euros. Car S.P.C. intervient surtout en matière de fonds de placement. "L'avantage de mon statut de courtier est de pouvoir négocier les tarifs de ces fonds, indique Daniel Matthys. Le client, seul, n'ose pas négocier avec sa banque. Un jour, j'ai rencontré quelqu'un qui payait des frais exorbitants sur un fonds alors qu'il y avait apporté 700 000 euros !"

Fort de son expérience et du poids de l'ensemble de sa clientèle, le courtier bancaire peut donc obtenir un rabais sur les frais d'entrée, de gestion et de sortie des fonds de placement des banques. "A un tel point que je peux faire entrer un client dans un fonds sans que mon intervention lui ait finalement coûté le moindre euro", certifie Daniel Matthys. Evidemment, le courtier prend une commission au passage mais, sur des montants importants, les frais économisés sont parfois tels que le jeu en vaut la chandelle.

Autre avantage du courtier : il prendra le temps d'examiner l'ensemble du patrimoine du client. "C'est un peu comme le dossier médical global, dit Daniel Matthys. On connaît une grosse partie des avoirs des clients. On sait dans quelles banques ils sont. Ce qui permet de leur dire ce qu'ils peuvent se permettre ou pas." Pour l'instant, ce courtier indépendant travaille avec des institutions financières localisées au Luxembourg, où il a fait une bonne part de sa carrière. Mais il cherche d'autres banques, en Belgique, susceptibles de fournir des produits financiers à ses clients. "Mais il faut que cela corresponde à mon approche !", insiste-t-il. Si le courtage bancaire est prêt à s'étendre chez nous, les banques sont-elles prêtes à l'accueillir ?