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Des hauts responsables européens et américains ont eu des entretiens qualifiés de "constructifs" mercredi sur les "menaces sérieuses et changeantes" pour la sécurité des compagnies aériennes alors que Washington envisage d'interdire les ordinateurs portables en cabine sur les vols en provenance d'Europe. "Les deux parties ont échangé des informations sur les menaces sérieuses et changeantes à l'encontre de la sécurité aérienne, ainsi que leurs approches pour faire face à de telles menaces", ont détaillé ces responsables dans un communiqué.

Ils ont évoqué "les normes existantes et les capacités de détection de l'aviation" aussi bien que des améliorations en matière de sécurité concernant les "gros appareils électroniques dans les bagages enregistrés", ont-ils ajouté.

Le commissaire européen aux Affaires intérieures Dimitris Avramopoulos et Violeta Bulc, en charge des Transports en UE ont pris part à cet échange de quatre heures qualifié par des responsables américains de "constructifs" avec une délégation américaine dirigée par la chef adjointe du Département américain à la sécurité intérieure des Etats-Uni (DHS), Elaine Duke.

Les deux parties ont affirmé qu'elles tiendraient vraisemblablement d'autres discussions la semaine prochaine à Washington sur cette possible interdiction.

Le DHS a suscité les inquiétudes la semaine dernière en annonçant une possible interdire en cabine les ordinateurs portables, tablettes et autres appareils électroniques plus grands qu'un téléphone portable,sur les vols en provenance d'Europe.

En mars, les autorités américaines avaient interdit aux passagers en provenance de dix aéroports dans huit pays arabes et en Turquie de transporter en cabine ces équipements.

Une interdiction américaine sur les ordinateurs portables pourrait semer la pagaille dans les aéroports européens, avec plus de 3.250 vols par semaine prévus cet été entre les pays de l'Union européenne et les États-Unis, selon des chiffres de l'industrie aérienne.

Les ordinateurs bientôt bannis des vols Europe-USA ?

Les ordinateurs et autres tablettes vont-elles être bientôt interdites des cabines des avions reliant l’Europe et les Etats-Unis ? "Aucune décision n’a encore été prise, mais l’option est toujours sur la table du secrétaire américain à la Sécurité intérieure, John Kelly", nous confirme un officiel américain. Cette décision pourrait être prise "dans les jours ou les semaines qui viennent, en fonction de l’évolution de la menace terroriste".

Pour rappel, les ordinateurs mais aussi les tablettes et autres appareils électroniques plus grands que des smartphones sont déjà interdits en cabine sur les vols entre les Etats-Unis et certains pays du Moyen-Orient et du nord de l’Afrique. Les autorités américaines justifient cette décision par l’éventualité que des terroristes utilisent ces objets pour introduire des explosifs à bord. Une délégation US s’est rendue hier à Bruxelles pour discuter avec leurs partenaires européens d’un possible élargissement de cette mesure aux vols transatlantiques. "C’était un dialogue rigoureux mais constructif qui a duré près de quatre heures", explique le même officiel des Etats-Unis. D’autres réunions sont prévues entre Américains et Européens dans les prochaines semaines pour évoquer le sujet.

Du côté européen, certains se montrent perplexes par rapport à la pertinence de telles restrictions. La question est aussi d’ordre économique : chaque jour, près de 400 vols traversent l’Atlantique. Avec près de 65 millions de passagers annuels, le couloir aérien est l’un des plus fréquentés au monde.

"Près d’un milliard de dollars de coûts"

D’après le directeur de l’Association internationale du transport aérien (IATA), une interdiction des ordinateurs portables en cabine sur les vols entre l’Europe et les Etats-Unis pourrait coûter plus d’un milliard de dollars aux compagnies aériennes et aux passagers. Cela constituerait aussi une "barrière au trafic d’affaires entre les deux continents", a expliqué M. de Juniac lors d’une interview télévisée à Bloomberg. En cas d’interdiction, les voyageurs d’affaires ne pourront plus travailler lors de longs vols et l’ensemble des passagers seront contraints d’enregistrer un bagage en soute pour pouvoir emporter leurs appareils, rappelle-t-il. En outre, les compagnies aériennes seront confrontées à des durées d’enregistrement plus élevées et à de l’administration supplémentaire.

Le directeur de l’IATA préconise plutôt d’autres mesures de sécurité, comme des contrôles plus intensifs des bagages de cabine, notamment à l’aide de scanners et de chiens détecteurs d’explosifs. "L’impact économique d’un avion qui se crasherait suite à une attaque terroriste serait autrement plus important", nous confie-t-on auprès de l’administration américaine. Si la mesure devait être élargie au continent européen, elle serait implantée de "manière responsable", explique un officiel. De quoi éviter le chaos engendré en mars dernier suite à l’annonce surprise de cette mesure qui avait notamment pris les compagnies du Moyen-Orient de court.

Autre inquiétude : certains professionnels estiment que l’accumulation de batteries au lithium transportées en soute est dangereuse et pourrait causer des incendies. "Aucun incident de ce type n’a jamais été enregistré", poursuit notre source américaine, qui explique que des instructions seront données aux compagnies pour placer "correctement" les ordinateurs en soute.