Entreprise

Cette fois, au moins, on ne pourra pas reprocher aux experts de s’être fourré le doigt dans l’œil ! En affirmant, au début de l’automne, que la crise financière allait affecter tôt ou tard l’économie "réelle", les prévisionnistes ont visé juste. Les événements leur ont même donné raison plus rapidement qu’ils ne l’imaginaient. Depuis octobre, cela n’a échappé à personne, des pans entiers de l’économie chancellent et l’emploi paie un très lourd tribut. Jour après jour, les journaux recensent des centaines sinon des milliers de pertes d’emplois. Nul pays au monde n’y échappe. Où cela va-t-il s’arrêter ?

"Nous connaissons une situation sans précédent. C’est pire que ce que l’on pressentait. Nous vivons en permanence une expérience douloureuse, vu que chaque prévision est aussitôt balayée par une autre, plus sombre encore", affirme Rudi Thomaes, administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique.

Et de fait. Pas plus tard que cette semaine, la Banque nationale de Belgique a annoncé que le brusque ralentissement de l’activité économique observé fin 2008 allait encore s’aggraver en 2009, avec un recul attendu pour le PIB belge de 1,9 pc, soit bien plus que la contraction de 0,2 pc qui avait été annoncée par l’institution en décembre. Et l’emploi, direz-vous ? Rien de très fameux non plus : 57 000 postes de travail devraient disparaître entre le quatrième trimestre 2008 et la fin 2009, estime la BNB. "Ces chiffres n’excluent pas qu’il puisse encore y avoir des créations d’emplois", affirme Guy Quaden, gouverneur de la BNB. On l’espère bien, même s’il est manifeste que la collecte d’informations positives est devenue une mission très délicate !

"Les entreprises qui offrent les meilleures perspectives en matière d’emploi, ce sont en premier lieu les fournisseurs des services publics. L’exemple le plus frappant, c’est le secteur spatial qui bénéficie de carnets de commandes bien remplis dans le cadre de programmes internationaux", déclare Rudi Thomaes qui pointe également d’autres créneaux générateurs d’emplois : les biens de consommation courante, les produits cosmétiques, certaines branches spécifiques de la chimie, les chaînes de restauration bon marché, les soins médicaux, les métiers de services, les titres-services, etc.

Il est de notoriété publique que certains secteurs connaissent aussi depuis longtemps une "pénurie de main-d’œuvre", telle la construction. La chaîne de finition des bâtiments occupe à cet égard une position privilégiée même si le créneau commence, lui aussi, à souffrir, dit-on.

Volontariste mais malgré tout les pieds sur terre, plus d’une entreprise membre d’Agoria sur trois, que la fédération de l’industrie technologique a sondée du 6 décembre 2008 au 15 janvier dernier, affirme qu’elle compte toujours recruter du personnel supplémentaire en 2009. Parmi l’échantillon (266 sociétés), la volonté d’embaucher fléchit à mesure que le temps passe : 40 pc des entreprises se disaient prêtes, en novembre, à recruter, contre 39 pc en décembre et 36 pc en janvier. L’incertitude va croissant, mais l’option reste néanmoins d’actualité.

Les motivations des recruteurs potentiels ? Le fait qu’ils travaillent sur des marchés qui ne sont pas fortement influencés par la conjoncture, qu’ils s’attaquent à de nouveaux marchés ou à de nouveaux produits, qu’ils enregistrent une hausse de leur productivité, etc. Gare ! La fédération envoie dans le même temps un signal très négatif. "La crise va coûter 10000 emplois à l’industrie technologique", dit-elle. C’est la douche froide que chacun redoutait.

Frank Vandemarliere, chief economist d’Agoria, ne se résigne pas, néanmoins. Il pointe du doigt les technologies de la communication (TIC) et surtout les services informatiques que les pouvoirs publics ont de plus en plus tendance à "outsourcer". Il y a également d’autres viviers de main-d’œuvre, dit-il, et notamment l’énergie verte, l’utilisation rationnelle de l’énergie, les chaudières à gaz, etc. Au total, on s’attend à un accroissement net de 2 000 emplois sur les 300 000 que dénombre le secteur, ajoute-t-il. Ce n’est pas négligeable.

Combien d’emplois les entreprises belges vont-elles créer en 2009 ? Le forum ouvert sur lalibre.be prouve la difficulté de l’exercice. Les patrons affirment qu’ils veulent continuer à recruter mais aussi qu’ils naviguent à vue. S’ils réussissaient déjà à ne pas devoir licencier, ce serait pas mal !

A l’affût, les journaux livrent ces jours-ci des projections d’embauche très différentes, parfois un peu gonflées. Une chose est sûre, les plans de recrutement annoncés chez Colruyt, Electrabel, Telenet, à la Stib et à la SNCB sont une bouffée d’oxygène bienvenue. En attendant que cette satanée crise finisse, d’ici 2010, espère-t-on, par passer son chemin