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Le 1er janvier 2014 marque une étape symbolique dans le processus d’intégration de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union européenne (UE). Cette date sonne en effet la fin des restrictions au marché de l’emploi qu’imposent encore neuf Etats membres, dont la Belgique, aux ressortissants de ces deux pays qui ont rejoint l’UE en 2007. A l’approche des élections européennes et avec la montée des partis eurosceptiques et populistes, la fin de cette période transitoire suscite cependant des craintes chez certains Etats membres qui redoutent - une nouvelle fois - un afflux de ressortissants de l’Est, attirés par des salaires et des systèmes de protection sociale supérieurs à ceux en vigueur dans leur pays d’origine. Une nouvelle version du syndrome "du plombier polonais" en quelque sorte.

La volonté du Premier ministre britannique, David Cameron, de restreindre l’accès aux droits sociaux de ces migrants au Royaume-Uni et de remettre en cause la libre circulation lui a ainsi valu un vif rappel à l’ordre de la vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding. Mais, même si elle est moins radicalement exposée, cette préoccupation est partagée par des pays comme l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas. Cette inquiétude s’explique par la crainte de voir une concurrence accrue peser sur les travailleurs locaux pour les emplois peu qualifiés, mais aussi celle d’"une invasion" fantasmée des minorités Roms, accusées de pratiquer "le tourisme social" .

Cette ouverture du marché du travail ne devrait pourtant pas déclencher de révolution. "La situation économique et politique dans ces pays est très difficile depuis de nombreuses années. Donc, les personnes qui voulaient trouver un emploi à l’Ouest n’ont pas attendu le 1er janvier 2014 pour quitter leur pays", souligne Józef Niemiec de la Confédération européenne des syndicats.

Pas si simple

En outre, la crise a réduit le nombre de jobs vacants. "La fin des restrictions facilitera les choses car il ne faudra plus entreprendre les démarches pour obtenir un permis de travail. Mais globalement, je ne pense pas que cela va changer grand-chose car ce n’est pas si simple de trouver un emploi", témoigne Miléna. Employée par une entreprise de nettoyage en Belgique, cette Bulgare est pour sa part déjà dispensée de ces formalités car elle vit en cohabitation légale avec son compagnon belge. "Outre l’obstacle de la langue, les employeurs donnent la priorité aux travailleurs belges. Ce n’est qu’ensuite qu’ils se tournent vers des Bulgares ou des Roumains" , ajoute-t-elle, soulignant que le recours aux faux indépendants, aux travailleurs non déclarés ou à ceux qui exercent une fonction différente de celle pour laquelle ils sont officiellement engagés n’est pas rare.

Cette simplification administrative est aussi le principal avantage avancé par Krastyo, technicien spécialisé dans la réparation des camions frigorifiques. Arrivé en Belgique il y a cinq ans par le biais d’une entreprise flamande qui disposait d’un bureau en Bulgarie - "pour payer moins d’impôts" -, il a connu certains déboires avec cette dernière qui refusait de le payer au moment où il a voulu la quitter. Aujourd’hui employé par une autre société, il dispose d’un statut stable, même s’il devait jusqu’à présent renouveler son permis de travail chaque année.

Actuellement fonctionnaire européen, Gabor a quant à lui connu un parcours moins chahuté. Après avoir étudié à la Vlerick Business School, il a en effet rapidement trouvé un emploi; son patron gérant les formalités réglementaires. Ce qui, hormis une petite péripétie, n’a posé aucun souci. "Dans mon cas, c’était plus facile car j’avais un statut d’employé avec un certain niveau salarial. Pour les ouvriers, c’est plus compliqué. Durant la période transitoire, il y a eu beaucoup d’abus. Je pense que, maintenant, les choses seront plus claires, même s’il faudra un peu de temps pour que la situation se régularise."