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Le géant des médias Vivendi s'est lancé dans les grandes manoeuvres capitalistiques, annonçant lundi vouloir racheter le groupe français d'édition Editis et envisager la cession de près de la moitié du capital d'Universal Music Group (UMG), en marge de résultats semestriels en progression, mais en deçà des attentes.

Le groupe est entré en négociations exclusives avec l'espagnol Grupo Planeta en vue d'acquérir 100% du capital d'Editis, deuxième groupe français de l'édition, qui compte notamment les maisons Nathan, Robert Laffont, Plon ou encore Bordas et Le Cherche Midi.

"L'acquisition d'Editis constituerait une étape majeure dans la construction d'un groupe intégré centré sur les médias, les contenus et la communication", a expliqué Vivendi dans son communiqué.

L'opération se ferait sur la base d'une valeur d'entreprise de 900 millions d'euros pour Editis, qui avait réalisé en 2017 un chiffre d'affaires d'un peu plus de 750 millions d'euros.

"Il ne s'agit pas de gérer un portefeuille, nous gérons un plan industriel, démarré il y a quatre ans", a insisté Arnaud de Puyfontaine, président du directoire du groupe, lors d'une téléconférence avec des analystes.

Dans le même temps, Vivendi a annoncé son intention de trouver "un ou plusieurs partenaires stratégiques" pour UMG. Il se donne 18 mois, après le lancement de l'opération à l'automne, pour les trouver.

Un temps envisagée, l'introduction en Bourse d'UMG n'a finalement pas été retenue du fait de "sa complexité", précise le groupe.

UMG est le joyau de Vivendi, dont il représente plus de 40% des ventes globales. Le chiffre d'affaires de cette filiale a reculé de 1,4%, à 2,63 milliards d'euros au premier semestre, mais Vivendi évoque une bonne progression de l'écoute en ligne en streaming, qui compense la baisse des ventes par téléchargement ou des ventes physiques.

"Nous avons eu des succès dans le 'streaming' mais il faut garder en tête que beaucoup d'abonnés se sont inscrits en début d'année, ils ne payent qu'après la période d'essai gratuite de 3 mois, cela a eu un bon impact sur le deuxième trimestre 2018", a commenté Arnaud de Puyfontaine, se disant "confiant pour le reste de l'année"

"Nous avons eu d'excellents chiffres pour le premier semestre et nous savons que (le rappeur canadien) Drake enregistre un très grand succès aux Etats-Unis, mais il faut toujours être prudent concernant l'évolution possible au second semestre", a-t-il nuancé.

Telecom Italia déprécié 

Ces deux opérations ont été annoncées en même temps qu'un bénéfice net en recul de 6,3%, à 165 millions d'euros au premier semestre, où Vivendi a notamment déprécié sa participation dans Telecom Italia à hauteur de 512 millions d'euros.

Le groupe présidé par Yannick Bolloré a justifié cette décision par des craintes quant à l'application du plan industriel 2018-2020 de l'opérateur italien, "eu égard au moindre pouvoir de Vivendi de participer aux décisions relatives aux politiques financières et opérationnelles de Telecom Italia", dit-il.

Vivendi, premier actionnaire de Telecom Italia (Tim) avec 24% du capital, a perdu le contrôle du conseil d'administration de la société début mai, face au fonds américain Elliott.

Lors de son entrée au capital de Tim en juin 2015, Vivendi avait déboursé 1,0709 euro par action, loin du cours de clôture lundi soir à la Bourse de Milan (0,66 euro).

Sur les six premiers mois de l'année, le chiffre d'affaires de Vivendi a augmenté de 18,3%, à 6,46 milliards d'euros, un montant inférieur d'une cinquantaine de millions au consensus des analystes interrogés par le fournisseur de données Factset.

Cette activité tient compte de la consolidation de la filiale publicitaire Havas, qui affiche un chiffre d'affaires de 1,02 milliard d'euros, soit une baisse de 8%, "majoritairement due aux effets négatifs de change".

A taux de change et périmètre constants, le chiffre d'affaires de Vivendi ressort en hausse de 4%.

Vivendi a profité également de la cession de sa participation de 27,27% dans le capital de l'éditeur de jeux vidéo Ubisoft, fin mars, pour un montant total de 2 milliards d'euros.

Le bénéfice opérationnel ajusté (Ebita) a bondi de 54%, à 542 millions d'euros, profitant à la fois de la consolidation d'Havas et de bonnes performances tant d'UMG que du groupe Canal+.

Au titre des perspectives, Vivendi confirme son objectif d'Ebita avant charges de restructuration atteignant près de 450 millions d'euros sur l'exercice pour Canal+, et anticipe une meilleure croissance organique du revenu net chez Havas au second semestre.