Entreprise Correspondant en allemagne

Les milieux d'affaires allemands saluent la prochaine annulation de la "loi Volkswagen". En recommandant hier à Luxembourg d'abolir cet obstacle à la libre circulation des capitaux, l'avocat général auprès de la Cour européenne de justice a, en fait, ouvert la voie à Porsche : le groupe automobile de Stuttgart, qui est déjà le plus grand actionnaire de VW, pourrait alors prendre la majorité.

La Cour européenne, qui suit normalement les recommandations de l'avocat général, tranchera définitivement en été. En 1960, quand l'Etat avait privatisé Volkswagen fondé sous le Troisième Reich, le gouvernement fédéral et la Basse-Saxe avaient conservé chacun 20 pc des parts. En même temps le Bundestag avait adopté la loi VW plafonnant le droit de vote à 20 pc par actionnaire. Pendant les années 90 le gouvernement Kohl avait vendu ses 20 pc, mais la Basse-Saxe, soucieuse de préserver les emplois à Wolfsburg et dans la région, avait conservé sa participation. Puis, la plainte de la Commission européenne contre la loi anachronique et l'apparition de "prédateurs" incitèrent Porsche à acheter des actions.

Aujourd'hui, le groupe des voitures de sport possède 27,4 pc des parts. Récemment il a manifesté son intention d'aller à 29,9 pc. S'il dépasse le seuil de 30 pc, il devra lancer une OPA en bonne et due forme. Maintenant que la limitation des droits de vote de 20 pc va sauter, la plupart des experts s'attendent à ce que Porsche prenne la majorité de VW. L'assemblée générale de Porsche doit débloquer huit milliards d'euros servant à financer éventuellement l'opération. En décembre le président Wendelin Wiedeking avait lancé aux journalistes : "Nous avons ouvert le jeu, aux autres joueurs de réagir". Il avait défendu la mainmise sur Volkswagen par la nécessité d'écarter un investisseur financier pour le cas où la loi VW tomberait. Un tel "raid" pourrait compromettre l'étroite coopération industrielle entre Porsche et VW : ce dernier produit entre autres la carrosserie de la Cayenne dans l'usine de Bratislava et les deux développent en commun un moteur hybride. Christian Wulf, le ministre-Président de Hanovre, a dit que si la loi VW disparaît, la Basse-Saxe et Porsche pourront "éviter ensemble un démembrement de VW". Autant les intérêts industriels de Porsche sont légitimes, autant le jeu en coulisses de Ferdinand Piech irrite.