Les pépites de nos universités

Ariane van Caloen Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

L’économie belge ne se résume pas à des fermetures d’usines comme à Genk pour Ford ou à Seraing pour ArcelorMittal. Elle est aussi porteuse d’espoir avec toutes ces spin-offs, ces entreprises nées à partir de travaux de recherche au sein d’une université. Certes, les temps sont plus durs aujourd’hui, mais cela n’altère en rien l’impressionnant travail accompli sur les campus. On y trouve une organisation bien huilée, de l’envie de réussir, du travail intellectuel et même de la saine concurrence entre les facultés.

Avec quelques success stories à la clé comme IBA (leader mondial dans le domaine des technologies de pointe pour le diagnostic et le traitement du cancer) qui vient de signer un nouveau contrat en Inde, l’UCL avait une longueur d’avance en termes de spin-offs. Elle a mis sur pied un système intégré de transfert de technologie, le "Louvain Technology Transfer Office" (LTTO). Le LTTO comprend la société anonyme Sopartec qui gère les fonds Vives, lesquels totalisent 43 millions d’euros. "C’est le plus grand fonds européen lié à une université qui est alimenté par le Fonds européen d’investissement, par le holding public Nivelinvest et aussi par des banques privées" , explique le prorecteur Benoît Macq. Le conseil d’administration de Sopartec est composé pour moitié de personnes issues du monde industriel et pour moitié du monde académique. "La société ne poursuit pas seulement un but économique. Elle a aussi pour mission de renvoyer vers le monde académique des défis en termes de recherche. Les meilleures spin-offs sont créées par des professeurs qui font de la recherche de haut niveau", ajoute Benoît Macq.

Située au cœur d’une zone économiquement éprouvée, l’université de Liège (ULg) a aussi une longue tradition de spin-offs avec quelques succès comme Uteron (société pharmaceutique spécialisée dans la santé féminine) qui vient de passer sous pavillon américain. "Fin 1997, l’ancien recteur, le professeur Willy Legros, a eu comme priorité d’impliquer davantage l’université dans le monde économique. C’est une politique qui reste d’actualité avec le recteur actuel Bernard Rentier" , explique Michel Morant, directeur de l’Interface Entreprise à l’ULg. C’est ainsi qu’à la fin des années 90, une série d’outils ont été mis en place. L’ULg a mis sur pied la SA Gesval, qui avait pour mission le transfert de technologie vers les entreprises. Gesval a créé un "joint-venture" avec le holding public liégeois Meusinvest, Spinventure dont la capacité financière s’élève à 20 millions d’euros. Celle-ci a comme avantage d’être un fonds ouvert sans exigence de rendement et sans échéances d’investissement. Spinventure, qui n’intervient jamais comme "lead investor", a déjà participé à la création de 75 à 80 spin-offs. Avec toutefois une nette baisse de régime ces deux dernières années. " La crise est passée par là. Il y a moins de liquidités disponibles. Les gens réfléchissent plus avant d’investir, voire réfléchissent trop, car l’entrepreneuriat, c’est aussi un peu le goût du risque" , explique Michel Morant.

Et pourtant, les chiffres devraient plutôt pousser les investisseurs à s’intéresser au marché des spin-offs. Le taux de réussite (laquelle est mesurée sur la pérennité d’un projet au-delà de cinq ans) est supérieur à 80 % à l’ULg, explique Michel Morant.

L’UCL affiche aussi "assez peu d’échecs" et donc de faillites, selon Benoît Macq. Ce qui, reconnaît-il, "n’est pas forcément un bon signe" dans la mesure où cela pourrait refléter une trop faible prise de risque. "Peut-être devrait-on travailler plus sur des idées de rupture." Des idées auxquelles, au départ personne ne croit du type guerre des étoiles

Et l’ULB ? L’université bruxelloise n’a-t-elle pas pris plus tard le train des spin-offs ? "C’est possible, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui, il n’y a plus une grande différence avec les autres grandes universités" , explique Daniele Carati, directeur du département Recherche. Le bureau de transfert de technologie, qui emploie une quinzaine de personnes, a comme première priorité de protéger la recherche par le dépôt de brevets (pour la technologie) ou par des droits d’auteur (pour les innovations en termes de software).

Environ 150 brevets ont été déposés par l’ULB, essentiellement dans le secteur des biotechs (un des points forts de l’université) et des sciences de l’ingénieur. Deuxième étape : développer des produits à partir des technologies protégées par des brevets et trouver les financements nécessaires. Les spin-offs de l’ULB font essentiellement appel aux fonds Theodorus avec lequel l’université a passé un accord et qui a permis de débloquer plusieurs millions d’euros dans les phases précédentes. "On a les outils pour ne pas laisser passer les opportunités" , affirme Daniele Carati.

Un avis partagé par Michel Morant pour qui "la Wallonie s’est dotée d’une série d’outils largement suffisants pour accompagner les entreprises" . Même s’il verrait d’un bon œil qu’une (toute) petite partie de l’énorme épargne des Belges placée sur des comptes d’épargne avec des rendements au plancher servent à financer les spin-offs. A cela, Benoît Macq ajoute qu’il manque peut-être aussi en Région wallonne "des joueurs pour le deuxième et le troisième tours" à l’instar du holding anversois Ackermans & van Haaren en Flandre.

Mais, le plus grand défi pourrait se trouver ailleurs. Il faut notamment veiller à trouver "des ingénieurs suffisamment motivés pour refuser d’aller vers des grandes structures où les salaires sont très attractifs", explique Michel Morant. Pour Benoît Macq, il y a trop de programmes en recherche appliquée pour le moment. Il est crucial, dit-il, d’avoir "des gens qui réfléchissent de manière très libre" . Le business viendra après

Découvrez quelques exemples de nos spin-offs en lien de cet article.

Publicité clickBoxBanner