Entreprise

Le fait aussi remarquable qu’incontestable est que nous avons franchi le pic(1) de pétrole brut conventionnel en 2005 ou 2006. Depuis, grâce à l’extraction des pétroles non conventionnels (en eau profonde, sables bitumineux, gaz et huiles de schiste ) la production globale de pétrole a atteint un plateau. Ce dernier est qualifié de plateau ondulant en raison du fait que la production évolue en bosses de chameau au prorata des investissements visant à accroître l’offre de ces pétroles.

Les prix, eux, connaissent une évolution en dent de scie : une augmentation de la production entraîne une diminution des prix et permet une relance économique. Cette relance économique fait repartir la demande de pétrole, qui rencontre à nouveau des limites de production, ce qui a pour conséquence de freiner voire d’inhiber l’économie et entraîne de facto une nouvelle hausse des prix du pétrole, qui à leur tour grippent encore davantage l’économie, ce qui diminue l’activité économique, fait chuter la demande en pétrole et donc les prix

Toutefois, le pic mondial de carburants liquides (pétroles conventionnels et non conventionnels) devrait être atteint aux alentours de 2015. A partir de ce moment, on s’attend à un taux de déclin de l’approvisionnement estimé entre 2 % et 4-5 % par an. Or, selon les estimations actuelles, il y aurait un rapport approximatif de 1 entre le taux de déclin en approvisionnement en pétrole et le taux d’évolution du PIB. Ainsi, à partir de 2015 au plus tard, le PIB mondial devrait chuter d’environ au moins 2 % par an (entre 2 et 4 % donc).

Un autre problème est que les dépenses les plus fondamentales des ménages telles que se chauffer, se nourrir ou encore se déplacer sont directement tributaires des prix du pétrole. Une corrélation presque totale a été constatée entre la hausse des denrées alimentaires et la flambée du prix du pétrole. Sans oublier les pans entiers de l’économie, à commencer par le tissu industriel, risquent de disparaître en raison de leur activité fortement consommatrice d’énergie.

Y a-t-il des alternatives ? Trois questions sont fondamentales : les alternatives (énergies renouvelables, charbon, liquéfaction du charbon, hydrogène et pile à combustible, fusion nucléaire, nanotechnologies ) seront-elles à même, un jour de compenser les 85 millions de barils (pétroles conventionnels et non conventionnels) que le monde consomme chaque jour ? Si, oui, quand pouvons-nous estimer raisonnable de les penser aptes à compenser ce gap gigantesque alors que leur production actuelle est plus qu’insignifiante et que les investissements se tarissent suite à la récession ? Et si c’est réalisable dans un futur proche, à quel coût ?

De plus, selon certaines études, il semblerait que la croissance économique devient impossible à partir d’un prix du baril de 130 USD. En revanche, comme le dit Colin C. Campbell, les prix ne devraient pas grimper au-delà de 150 dollars le baril car des prix élevés entravent la demande. Il devrait en effet se produire une régulation des prix par le haut, sorte d’autorégulation des prix par le fait que de moins en moins de gens pourront se le payer; ce qui devrait créer des désordres sociaux.

Nous vivons donc un changement de paradigme. La transition énergétique doit être maîtrisée. A défaut, nous la subirons et c’en sera d’autant plus douloureux économiquement et socialement. Il ne sera bientôt plus question de répartir les richesses mais de se partager la pauvreté. La crise des dettes publiques en est un bon exemple. La plupart des budgets des états ont été établis sur la base d’un taux de croissance de 3 %, taux que l’on ne risque plus de connaître. Le système redistributif a donc du plomb dans l’aile il faut par conséquent réduire les dépenses, ce qui nécessite des choix.

Mais il faut en tout cas apprendre à faire plus avec moins. Faire fonctionner la planche à billets n’est pas une solution. Outre le fait qu’elle fragilise encore davantage notre économie, qui a peu à peu perdu sa contrepartie matérielle et s’est gonflée d’économie virtuelle spéculative, relancer la consommation serait tout aussi létal. En effet, nous assistons à une entrée en pénurie d’une série de ressources naturelles nécessaires à la production et par-delà, à la satisfaction de cette consommation (terres rares et autres minerais ). Nous sommes dorénavant nettement trop nombreux par rapport au nombre d’humains que la terre peut faire vivre. Selon diverses études, sans les combustibles fossiles, avec l’énergie solaire seule, la terre ne peut faire vivre - dans un niveau de confort énergétique équivalent à la moitié de la consommation d’un Européen actuellement - qu’entre 500 millions et un maximum de 2 milliards d’individus.

Les études tendent à fournir la même estimation pour une survie de l’homme sans intrants azotés ou encore avec les ressources naturelles qui seront encore disponibles dans quelques années, si le rythme consommatoire reste identique. En effet, d’autres ressources commencent à manquer cruellement : l’eau douce, les terres arables, le phosphore

Il faut injecter de l’intelligence et de la créativité pour remporter ce défi naturel qui s’impose à nous La réflexion va être davantage de chercher à réenchanter un monde en décroissance (énergétique, des matières premières et autres ressources naturelles ) et de rechercher la frugalité en tout ! Cultiver la joie et non plus les plaisirs permis par l’abondance et revenir à la simplicité en harmonie avec sa nature et la Nature. Il nous incombe donc de faire de notre existence un art et de notre vie un chemin d’accomplissement

(1) Le pic est le moment où la production culmine avant d’amorcer un déclin irréversible.

Pour une meilleure compréhension du Réel et en savoir plus : Olivier Parks, "L’avenir du pétrole. Panne d’essence, panne de sens", éditions Dangles - Groupe éditorial Piktos, coll. "Prospective Vivre demain", France, octobre 2012, 304 p.