Entreprise Roald Sieberath Multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur

Cher T.,

Je rencontre beaucoup de fondateurs de start-up, et c’est une de mes grandes sources de joies professionnelles : ce sont très souvent des gens déterminés, intelligents, enthousiastes, communicatifs,…

Tous n’ont pas toutes les qualités, mais ils ont à peu près tous l’une ou l’autre de ces grandes vertus entrepreneuriales. Ceux qui sont conscients de leurs limites ont au moins le talent de bien s’entourer (dans notre pays, on connaît plus d’une histoire qui a été un succès parce que les fondateurs étaient une paire ou un trio complémentaire, de IBA à Keytrade, en passant par plein d’autres). Au point que le fondateur solo est un animal plus rare, voire carrément suspect aux yeux de nombreux investisseurs et partenaires. On a l’impression d’un "one-man-show", on craint qu’il ne puisse pas délivrer (les premiers collaborateurs seront forcément des employés et non des associés, ce qui pèse plus lourd sur le cash flow fragile d’une entreprise en démarrage).

Pourtant, ça existe, et ça peut marcher, ces entrepreneurs qui pilotent leur startup en solitaire : j’en côtoie l’un ou l’autre qui font cet exercice avec un certain brio.

Mais le passage est drôlement étroit, sur ce "chemin de crête" : il s’agit d’un exercice permanent de balance entre divers métiers. Ce n’est pas tant un boulot de "chef d’orchestre "où tout marcherait à la baguette, mais d’"homme-orchestre ", où il s’agit de pouvoir jouer, plus ou moins bien, de tous les instruments. (existe également en version "femme orchestre", bien entendu).

Il faut pouvoir passer du temps sur la technique, mais aussi pouvoir endosser le costume de vendeur, puis se plier aux modes des réseaux sociaux,… Et évidemment, ne pas oublier toutes ces tâches moins glorieuses du "back-office" : les corvées administratives, TVA, demandes d’aides, et autres.

Le véritable danger, c’est le fondateur qui est par exemple brillant dans un domaine (au hasard, la technique), et qui va passer 80 % de son temps à ce qu’il aime faire, en négligeant fortement un des autres aspects. Le succès n’est pas une addition des facteurs, où l’on peut compenser l’un par l’autre, mais une multiplication : si l’un tombe à zéro, ça peut mettre en péril toute l’aventure. Un bon fondateur solitaire est sans doute moins pointu qu’une équipe complète qui alignerait les talents techniques, managériaux, de vente, etc. mais ce qui est perdu là est regagné en facilité à se "mettre d’accord avec soi-même", et à pouvoir régler tous les arbitrages. Juste que : le coach en moi tend à dire qu’il aura d’autant plus besoin d’un "conseiller de l’ombre" (coach, mentor, board member,…) hors des rapports d’autorité, ayant la liberté d’être un "sparring partner", dans un rapport de confiance réciproque.

R.

roald@roald.com; autres lettres : http://bit.ly/2msomCG