Entreprise

Le moral est excellent à la Sonaca, entreprise basée à Gosselies, spécialisée dans les aérostructures, "la carrosserie des avions" comme dit Bernard Delvaux, CEO. Portée par la montée en cadence des avions commerciaux d’Airbus, l’entreprise développe de nouvelles méthodes de production et étend sa toile mondiale.

Conséquence : selon son directeur général, en 2015, la Sonaca a réalisé un chiffre d’affaires de 370 millions d’euros, "si pas un peu plus", 60 millions d’Ebitda et 21 millions de résultat net. Si ces données doivent encore être un peu affinées, "on a considéré que les résultats 2014 étaient exceptionnels; avec 2015 on a une deuxième année exceptionnelle", commente Bernard Delvaux.

A priori, il ne devrait pas y en avoir une troisième consécutive. A la fin de l’année dernière, Airbus a exercé de fortes pressions sur les prix. "Les réductions de prix vont rendre les résultats plus difficiles cette année", estime Bernard Delvaux. C’est Boeing qui a commencé, avec son plan "Partnership for Success", demandant des réductions jusque 15 % à ses fournisseurs. Airbus, c’est de l’ordre de 10 %.

Vu des grands donneurs d’ordres, la raison en est simple : puisque les cadences augmentent - celle de l’A320 pourrait passer de 42 unités par mois actuellement à 60 -, les sous-traitants peuvent écraser les prix. De l’autre côté de la chaîne, ce sont à nouveaux des efforts de compétitivité à consentir.

"Si on ne va pas assez vite pour réduire son prix, on perd le contrat", dit Bernard Delvaux. Ce qui est arrivé à la Sabca sur l’A350-1000. Les compétiteurs d’aujourd’hui sont des géants tels GKN (Grande-Bretagne), Spirit (ex-Boeing, Etats-Unis) et Triumph-Vought (Etats-Unis). "Tu nages dans un océan peuplé de requins" a dit un représentant d’Airbus à Thierry Duesberg, directeur commercial de Sonaca. Où l’on sait nager puisque, en décembre dernier, l’entreprise carolorégienne a été confirmée comme source unique des bords d’attaque d’Airbus A320.

Dans le monde tel qu’il est, la réduction des coûts passe par ceux de la main-d’œuvre. Travaillant déjà au Brésil, près de son client Embraer, et en Chine, près de l’usine d’assemblage d’Airbus, Sonaca démarre un site de production en Roumanie. On y fera du composite et des bords d’attaque d’A320 : "Sur les 40 ensembles par mois actuellement, 4 sont faits en Chine et 36 ici, dit Bernard Delvaux. Ces 36 sont garantis ici, et le supplément va en Roumanie."

Concernant les matériaux composites, de plus en plus demandés dans l’aéronautique notamment, le site de Gosselies est l’objet d’un investissement de 10 à 15 millions d’euros. A côté du drapage manuel qui, comme son nom l’indique, exige beaucoup de main-d’œuvre, sont développées de nouvelles techniques RTM (resin transfer moulding, injection de résine en moule fermé) et SQRTM (Same qualification resin transfer moulding), pour une meilleure qualité de drapage. Celles-ci assureront l’avenir du site.

C’est notamment grâce à cela que les contrats E2 sur les nouvelles générations d’Embraer 190 et 175 ont pu être passés. "Si les Brésiliens, chez qui la main-d’œuvre est bon marché, ont accordé cette production à Sonaca en Belgique, c’est qu’ils y trouvaient un avantage", raisonne Thierry Duesberg.

La pièce qui fait tourner les machines

Depuis deux ans, Sonaca a augmenté la production de pièces sans prise en charge des études préalables. Et cela marche puisque, fin 2015, ont été signés des contrats "de bon augure" selon Bernard Delvaux. Cette activité représente de 15 à 20 % du chiffre d’affaires. Cette année devrait aussi marquer le retour progressif de Sonaca dans l’espace. La structure de satellites nécessite notamment des collages métal-composite nécessitant un savoir faire. De 1 % l’an dernier, le chiffre d’affaires de la branche devrait passer à 2 ou 3 %. Pour plus tard, le remplaçant du F-16 est fort attendu, pour autant qu’il y ait "une vraie compétition, sinon, il n’y aura pas de retours pour l’industrie", Bernard Delvaux dixit.