"Les riches ont gagné. Ils n’ont même plus besoin de s’en vanter."

Slits Vincent Publié le - Mis à jour le

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Pourquoi les riches ont gagné". Ce titre est celui du dernier ouvrage du journaliste et essayiste français Jean-Louis Servan-Schreiber. "Les riches ont gagné en pouvoir, en liberté et sur le plan idéologique", nous explique-t-il. Et d’enchaîner : "La libéralisation croissante des économies mondiales et la financiarisation de cette économie globale placent les riches dans une posture qui leur permet d’avoir les moyens d’influencer la société plus que la société n’a les moyens de les influencer. Les riches, mais aussi les entreprises qu’ils contrôlent, sont devenus des partenaires politiques et économiques indispensables. Mais les riches ont également gagné en liberté. Ceux qui ont de l’argent le font circuler où ils le veulent à la vitesse de la lumière, investissent là où c’est le plus rentable et recherchent les endroits fiscalement les plus accueillants. Alors que les gouvernements ne sont, eux, pas mondialisés par nature et bridés par leurs frontières."

Une triple victoire

Et Jean-Louis Servan-Schreiber de mettre en avant dans son ouvrage la victoire idéologique des riches avec "un séisme géostratégique historique : l’ouverture, en quelques années, à la fin du siècle dernier, du glacis communiste au capitalisme". "Les riches ont gagné idéologiquement car ils n’ont aujourd’hui plus d’ennemis et ne plus avoir d’ennemis, c’est quelque chose d’inédit depuis la Révolution française."

Une triple victoire donc, financière, politique et idéologique. Et un rapport de force aujourd’hui très "inégal" entre les grandes puissances financières de la planète, apatrides, et les Etats. "Il y a une défaite du politique par rapport à l’argent qui est structurelle dans tous les pays du monde, y compris en Chine. Même le gouvernement américain, considéré comme le gouvernement le plus puissant du monde, n’a pas beaucoup de leviers pour contrer la puissance financière", poursuit l’auteur pour qui la fiscalité reste aujourd’hui le dernier "adversaire" des riches. Dernier car les Etats - obnubilés par la montée du chômage et ne disposant plus de réelles marges budgétaires - ont renoncé à l’ambition de réduire les inégalités économiques et sociales. "Mais la fiscalité n’est pas vraiment un ennemi car le combat reste très inégal. Elle n’empêche pas les riches de dormir…", poursuit Jean-Louis Servan-Schreiber. "Les Etats sont fauchés : ils sont désargentés, n’ont plus les moyens d’augmenter les prestations sociales et sont confrontés à une croissance économique plus faible. Ils ne peuvent pas se permettre de faire trop peur aux riches sur le plan fiscal ou réglementaire. Car le chantage consiste alors pour eux à dire aux Etats : on va aller ailleurs avec des conséquences sur l’investissement et l’emploi. Cela entraîne une certaine paralysie du monde politique. Aucun parti, à l’exception des plus extrémistes, ne pourrait dire ‘Mort aux riches’. C’est cela le vrai pouvoir des riches. Et on ne parviendra pas avant longtemps à prendre des mesures concertées à l’échelle de la planète. Comment voulez vous faire d’ailleurs ? Il y a plus de 200 pays à l’Onu, il y en aura toujours une vingtaine ou une trentaine qui seront disposés à baisser les taxes. Regardez le succès de l’Irlande qui fait du dumping social."

"Ce monde est devenu le leur"

Notre interlocuteur explique que cette réalité amène les super-riches à ne plus vraiment prendre des gants aujourd’hui dès lors qu’ils affrontent le pouvoir politique. "Qu’a pesé un Montebourg face à un Mittal", illustre-t-il. Alors, les super-riches sont-ils intouchables ? "Le talon d’Achille des riches est plus moral que légal, c’est l’exigence croissante de transparence", explique encore Servan-Schreiber. Qui ajoute : "Le sénateur Serge Dassault a été mis en examen ce mercredi pour répondre à des accusations d’achats de vote dans les élections. Il a fallu une pression de la justice et de l’opinion publique pour aboutir à ce que son immunité parlementaire soit lévée. Cet homme, qui est l’un des plus riches de France, se retrouve dans une position inconfortable. C’est un signe. Plus personne n’est à l’abri dans nos pays dès lors que la justice fonctionne de manière efficace. A cet égard, le pouvoir judiciaire est plus fort que le pouvoir politique car il n’a aucune raison de faire des compromissions."

"Les riches ont gagné. Ils n’ont même plus besoin de s’en vanter. Ce monde actuel est devenu le leur, ils y sont chez eux", écrit encore notre interlocuteur en guise de quasi-conclusion à son ouvrage. Avant d’espérer que "ce siècle accouchera de nouveaux idéaux civilisateurs et humanistes, sous peine de voir le cynisme financier et matérialiste dominant entraîner, au minimum une amertume sociale, au pire de nouveaux conflits meurtriers." A méditer…

"Pas de climat anti-riches en France"

Y a-t-il un climat anti-riches en France ? On se souvient du projet de taxe de François Hollande de 75 % sur les très hauts revenus. On se souvient aussi la demande de naturalisation dans notre pays de Bernard Arnault (LVMH). Ou encore de la sortie de certains patrons de l’Hexagone fustigeant la politique du gouvernement socialiste à l’encontre des entrepreneurs. "Il y a les mots et puis la réalité: les riches ne sont pas détestés en France. Cela ressort des sondages qui montrent que deux tiers des Français sont totalement indifférents au sort des riches et dans le tiers qui reste, la moitié les admire. Cela doit être comme cela dans tous les pays. Mais les chefs d’entreprises se plaignent toujours… Il n’y a pas de climat anti-riches en France, on ne raye pas les voitures dans les rues…", explique Jean-Louis Servan-Schreiber. Et d’ajouter : "Le pôle de résistance au pouvoir des riches s’est déplacé à l’Assemblée nationale. Certains parlementaires, socialistes convaincus ou d’extrême gauche, font des propositions de loi qui essaient de rogner sur les privilèges fiscaux des plus favorisés. Mais elles sont systématiquement rejetées par le gouvernement qui n’en veut pas parce que le sentiment en France est que les impôts sont arrivés à un niveau de saturation. Cela illustre bien le fait que les velléités politiques de restreindre les privilèges fiscaux actuels, cela ne marche pas… Et la France est un pays qui dispose pourtant d’une majorité socialiste."

Slits Vincent

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