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Home sweet home. Trouver l'âme soeur en quelques clics sans bouger de chez soi, en pyjama si l'on veut, c'est possible. C'est même devenu une pratique courante, voire un phénomène de société pour les personnes en quête de leur moitié.D'après une enquête publiée cette semaine en France, les sites de rencontres en ligne sont, pour 40 pc des sondés, le deuxième moyen le plus efficace pour faire des rencontres, derrière les soirées pour célibataires (49 pc)et loin devant les vacances (37 pc) et les agences matrimoniales et petites annonces 11 pc).

Le marché de la rencontre en ligne est en plein boom. Il n'existe pas encore de chiffres précis mais on estime que ce business connaît aujourd'hui une croissance annuelle de 45 pc. Il devrait peser, en Europe, autour de 136 millions d'euros en 2006 et atteindre les 217 millions en 2007. C'est que le public visé est important. Selon l'Institut national des Statistiques (INS), un Belge sur trois est seul, soit 1,5 million d'adultes.

Le phénomène est venu des Etats-Unis. C'est Match.com, filiale du groupe de média côté sur le Nasdaq InterActiveCorp, qui a ouvert le bal en 1995. Aujourd'hui, cette société est n°1 dans le monde avec une présence dans 32 pays et un chiffre d'affaires de plus de 250 millions de dollars. Solidement implanté aux Etats-Unis et dans les pays anglo-saxons comme en Grande-Bretagne, le site américain peine toutefois à s'imposer en France et en Belgique. C'est que depuis six ans, le terrain européen est occupé par Meetic. Lancé en 2001 par le Français Marc Simoncini, ce site connaît une ascension fulgurante. "En 2003, Meetic était 26 fois plus petit que Match.com. En 2006, ce n'est plus que 2,5 fois le cas", se félicite Marc Simoncini. Son chiffre d'affaires frôle actuellement les 80 millions d'euros. Les secrets de la réussite de Meetic ? Avoir flairé le filon de la rencontre en ligne avant tout le monde en Europe. "C'est un business très rentable pour les premiers entrants sur un marché qui y occupe vite une position dominante", confirme un analyste financier qui suit l'action Meetic à Paris. Aussi, le site français a-t-il pris soin de garder sa longueur d'avance en investissant massivement dans la publicité (50 pc de ses revenus) et en nouant une centaine de partenariats en Europe avec des fournisseurs d'accès Internet et des opérateurs de mobilophonie.

Fort de sa réussite, Marc Simoncini n'a pas hésité à introduire, il y a 15 mois, sa société en Bourse. De quoi lui permettre de lever 80 millions d'euros et de tisser sa toile en Europe en multipliant les acquisitions. La dernière en date, celle de DatingDirect, le premier site anglais de rencontres en ligne, est stratégique. "C'est dans ce pays que son principal concurrent Match.com génère le plus de marges bénéficiaires", explique l'analyste financier. Ce rachat a séduit les investisseurs : la valeur a repris de la vigueur en Bourse, gagnant près de 12 pc depuis le début de l'année. Le patron de Meetic espère gagner davantage encore les faveurs du marché en faisant bientôt payer aussi les femmes.

Réussir dans le business de la rencontre en ligne demande aussi une bonne dose d'éthique et de sérieux. Au siège de Meetic, un tiers du personnel (70 personnes) contrôle les milliers d'annonces et photos reçues quotidiennement et surveille les conversations entre les membres pour éviter tout dérapage.

En Belgique, Rendez-Vous.be résiste à Meetic

L'arrivée de Meetic en 2002 en Belgique a dynamisé le marché, dominé jusqu'alors par le site belge Rendez-Vous.be. "Cela nous a forcés à nous remettre en question, ce qui n'avait pas été le cas avec Match.com", affirme Alexandre Baudoux, son patron, qui revendique toujours la place de leader. Un autre opérateur international vient de se lancer à la conquête des célibataires belges. Parship, filiale du groupe de presse allemand Holtzbrinck, se distingue de ses concurrents Match et Meetic en proposant une méthode basée sur la comparaison de profils de personnalité. "Le test de personnalité à remplir prend 30 minutes, cela permet de faire la sélection entre les personnes motivées par des relations durables et celles qui veulent s'amuser", explique Olaf van Schagen, responsable de Parship en Belgique. "Les sites basés sur les affinités psychologiques qui s'adressent à un public plus âgé (30-50 ans) enregistrent la plus forte explosion. Les services à valeur ajoutée sont l'avenir de ce marché." Aux Etat-Unis, le site eHarmony.com réalise un chiffre d'affaires de 200 millions de dollars, proche de celui du n°1 mondial Match, 250 millions. Ce dernier a d'ailleurs lancé un service comparable (eChemistry.com). Soucieuse de capter un nouveau public, Meetic a fait de même avec son offre Ulteem.