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Le "smartphone" ou "téléphone intelligent" serait-il le sauveur du marché du GSM en Belgique ? On serait tenté de le croire en découvrant l’étude du bureau GFK que "La Libre" a consultée en primeur. Entre juillet 2009 et juillet 2010, les ventes de téléphones portables - intégrant GSM et smartphones - ont ainsi atteint 1 927 000 unités sur le marché belge, soit un recul de 19,1 % en un an. Mais, au sein de ce parc d’appareils, le segment des téléphones intelligents grimpe de 115,7 %, alors que celui des GSM "traditionnels" baisse de 27,7 %. Résultat : sur douze mois, la part des "smartphones" est passée de 6 % à 16 % si on examine le marché dans son ensemble, ce qui signifie 300 000 unités en circulation pour des ventes estimées à environ cent millions d’euros (voir notre infographie ci-contre). Et il y a fort à parier que les fêtes de fin d’année vont encore accélérer la tendance.

Trait commun à la plupart des "smartphones" (du type iPhone et Blackberry) : l’émergence de places de marché virtuelles (lire ci-dessous) où les possesseurs de ces appareils peuvent télécharger des applications qui ajoutent une fonctionnalité supplémentaire à leur appareil. Selon Agoria, il y a d’importants débouchés à saisir pour les entreprises belges. "On assiste à un tournant comparable à celui des années 80 lorsque les ordinateurs de bureau ont commencé à remplacer les mainframes, explique Tanguy de Lestré, project manager chez Agoria (Fédération belge de l’industrie technologique). Il s’agissait alors d’un marché très compliqué d’accès avec une barrière à l’entrée assez élevée. De même, le développement sur mobile s’est aujourd’hui largement démocratisé. En quelques clics, un informaticien peut vendre son application à toute la planète. Il s’agit désormais de se positionner face à une concurrence mondiale et de se demander quelle sera sa valeur ajoutée. Le marché domestique n’est plus la seule référence."

Selon Tanguy de Lestré, l’enjeu est d’autant plus significatif que la mécanique des places de marché virtuelles remet déjà en question le modèle économique dominant de l’industrie informatique, basé sur la vente de produits sous licence avec une nouvelle version éditée à cadence régulière. Dans le nouvel écosystème du mobile, l’éditeur de logiciels s’adresse directement à une audience déterminée, sans passer par les canaux habituels de distribution physique, et injecte un flux continu d’améliorations à ses applications en fonction du feed-back émis par les utilisateurs.

Comment stimuler la création d’acteurs belges capables d’évoluer dans ce nouveau paysage ? "Je ne crois pas à une baisse de TVA ciblée sur les ventes d’applications, estime notre interlocuteur. En revanche, je pense que les pouvoirs publics ont un rôle à jouer dans le libre partage d’informations que les développeurs peuvent ensuite recycler dans leurs propres applications mobiles." Et Tanguy de Lestré de citer l’exemple de la STIB qui vient d’embrasser cette philosophie pour son nouveau site mobile (http://m.stib.be) où les usagers peuvent voir en temps réel la situation sur les lignes de transport en commun. "C’est avec ce type de démarche que nous resterons concurrentiels face à d’autres pays comme la Grande-Bretagne qui avancent résolument dans cette direction."