Les spéculateurs nourrissent la crise

Philippe Galloy Publié le - Mis à jour le

Entreprise

La crise financière actuelle n'aurait probablement pas l'ampleur que l'on connaît sans les spéculateurs qui écument les Bourses du monde entier.

Mais d'abord, qu'est-ce que la Bourse ? Il s'agit d'un marché, où vendeurs et acheteurs peuvent se rencontrer facilement. Les vendeurs sont les actionnaires, propriétaires d'une ou de plusieurs parts (appelées "actions") d'une entreprise et les acheteurs sont des investisseurs désireux de miser sur une entreprise dans laquelle ils croient. De nos jours, l'ordre d'achat ou de vente est passé, via une plate-forme boursière électronique telle qu'Euronext, par un courtier de Bourse (banque, société de bourse) au nom de son client, investisseur ou actionnaire.

Le prix de l'action de l'entreprise est déterminé par la loi de l'offre et de la demande. Ce prix, aussi appelé cours de Bourse, est censé représenter la valeur de marché de l'entreprise. Voilà pour la théorie.

En pratique, les acheteurs d'actions ne sont pas seulement des investisseurs qui veulent participer à l'aventure de l'entreprise. Certains, que l'on qualifie de spéculateurs, décident d'acheter des actions d'une entreprise parce qu'ils pensent que beaucoup d'autres acheteurs vont ensuite se présenter, faisant ainsi grimper le cours de Bourse. Une fois un certain niveau de prix atteint, les spéculateurs revendront leurs actions sans un regard pour l'entreprise. Ils ont leur plus-value, ils sont contents. Grâce aux nouvelles technologies, les transactions sont très rapides. On peut être actionnaire d'une entreprise pendant quelques secondes puis vendre ses actions pour profiter de la hausse du cours. Les spéculateurs essaient de flairer le bon coup, l'action dont le cours va grimper le plus, le plus vite possible.

La spéculation ? 90 pc des cas

Mais au fil du temps, le nombre de spéculateurs a grimpé de façon impressionnante. Tant et si bien que leur poids dans l'offre et la demande d'actions a fini par influencer nettement le cours de Bourse. Bref, une énorme partie des transactions boursières ne sont "que" des ordres passés par les spéculateurs. "Les spécialistes estiment qu'aujourd'hui, plus de 90 pc des transactions financières n'ont plus rien à voir avec les flux de biens et services", écrivent Philippe Maystadt et Françoise Minet-Dermine.(1) "Il s'agit d'opérations purement financières qui forment ce que l'on appelle la "bulle financière", cette masse de capitaux spéculatifs à la recherche d'opportunités de placements n'importe où dans le monde."

En cas de baisse des cours de Bourse, quand les prévisions économiques sont mauvaises, quand les perspectives de gains des entreprises se détériorent, il se peut qu'un grand nombre de spéculateurs prenne peur. S'ils se mettent à vendre beaucoup d'actions, les cours de Bourse plongent davantage. Au point que les indices boursiers (qui représentent un panier des plus importantes actions d'un marché donné) cèdent en peu de temps un grand nombre de points. Voilà comment les spéculateurs peuvent déclencher ou amplifier une crise boursière. C'est notamment ce qui se produit depuis l'été dernier avec la crise du "subprime".

(1) "Comprendre l'économie", 4e édition, Luc Pire éditeur, 2007.

Philippe Galloy

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