Entreprise

Une page se tourne dans le petit monde du commerce. Les timbres Valois, ces fameux timbres-ristournes distribués depuis plus de 70 ans dans de nombreux magasins du pays en guise de prime à la fidélité, ne seront plus émis à partir du 1er juin. C'est la société Valois, émettrice des timbres, qui l'a annoncé mardi par voie de communiqué.

Petit retour dans le temps: le nom «Valois» (raccourci de «Vacances et Loisirs») a été créé en 1932 par quelques grossistes en denrées coloniales, regroupés autour de l'un d'entre eux, Michel Delplanche. Ce dernier a eu l'idée originale d'offrir un petit cadeau aux ménagères pour les remercier de leur fidélité. A l'époque, le carnet Valois dans lesquels étaient collés les timbres amassés après chaque achat, donnait droit à des marchandises mais aussi à des kilomètres gratuits en chemin de fer... jusqu'à la mer. Et cela, alors que les congés payés n'existaient pas encore.

Les timbres mauves, comme on les appelait, ont connu un grand succès après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 60, 35000 commerçants étaient affiliés au système. Il y a quatre ans, les timbres Valois étaient encore distribués dans quelque 5000 points de vente du pays mais leur déclin était en marche depuis quelques années déjà.

L'échec de la carte Valor

Pour donner un nouvel élan à ses activités et répondre aux moyens modernes de fidélisation (tels que les cartes des grands distributeurs), la société Valois a lancé, en 1995, la carte à puce Valor, le cousin électronique du timbre Valois. Celle-ci permettait au client de collecter les ristournes reçues dans les différents commerces équipés d'un terminal informatique Valor. Avec cette carte multi-enseignes, la société nourrissait de grandes ambitions; elle espérait rallier, après trois ans, 10000 commerces sous sa bannière. Même si plusieurs grandes enseignes (Spar, Texaco) et des associations de commerçants de grandes villes du pays ont adopté le système, la carte Valor n'a jamais vraiment décollé. L'objectif était aussi d'adapter les terminaux Valor afin qu'ils puissent recevoir des cartes de débit (comme Bancontact) et de crédit (de type Visa). Mais pour des raisons techniques, explique aujourd'hui la société, «cette grande idée n'a pu se matérialiser qu'en partie car la mise en place de l'informatique nécessitait des investissements beaucoup trop importants pour une rentabilité pratiquement inexistante dans un marché national trop étroit». C'est pourquoi, le 1er mai 2003, la société a arrêté la carte Valor. A cette occasion, la société a mis en place un plan social, qui prévoyait entre autres des prépensions à 50 ans, et qui donnait une dernière chance à la société. Mais, malgré un chiffre d'affaires en hausse, les comptes de Valois sont restés dans le rouge. L'entreprise vient donc de décider de mettre un terme à l'émission et à la distribution des timbres-ristournes, à partir du 1er juin.

Une vingtaine de personnes

Tenant à respecter ses obligations vis-à-vis des consommateurs, la société précise que

«le remboursement des timbres-ristournes s'étalera jusqu'à fin 2004 et même au-delà». Quant au personnel - la société n'occupe plus qu'une vingtaine de personnes, contre 66 il y a 4 ans, «le processus de licenciement, engagé en 2003, se poursuivra progressivement jusqu'en avril 2005», précise Valois.

© La Libre Belgique 2004