Entreprise


En ces temps boursiers à nouveau secoués et de taux d’intérêt toujours aussi peu rémunérateurs, le capital-investissement privé (private equity) et le capital à risque (venture capital) ont le vent en poupe. Les derniers chiffres connus démontrent que de nombreux investisseurs belges (fonds d’investissement privés et publics, business angels, holdings familiaux, etc.) ont préféré tourner le dos à la Bourse et aux placements traditionnels pour s’orienter vers des investissements dans des sociétés au fort potentiel de croissance. En 2017, pas moins de 1,69 milliards d’euros ont ainsi été investis par le secteur belge du private equity et du venture capital dans 170 entreprises; c’est 500 millions d’euros de plus qu’en à 2016 (1,18 milliards pour 142 sociétés).

C’est pour mettre en évidence le partenariat fructueux qui peut se nouer entre investisseurs à risque et entreprises belges que la Belgian Venture Capital & Private Equity Association (BVA), dont les 54 membres représentent la toute la grosse majorité du secteur, a décerné, ce jeudi soir à Bruxelles, les tout premiers “BVA Awards”. “Avec cette initiative, notre volonté est avant tout de donner de la visibilité à des sociétés belges qui ont accompli un parcours de croissance remarquable avec le soutien d’investisseurs en capital-investissement ou capital-risque”, explique Pierre Demaerel, ancien dirigeant chez BNP Paribas Fortis et, depuis bientôt trois ans, secrétaire général de la BVA.

Pour attribuer ces premières récompenses, la BVA a demandé à tous ses membres de nominer des sociétés dans trois catégories: “venture” (jeunes entreprises innovantes), “croissance” (entreprises en forte croissance, de façon organique ou via une politique d’acquisitions) et “buy-out” (transmission et croissance d’entreprises assurées par le management). “Ces nominations devaient répondre à deux critères: que l’entreprise ait une présence en Belgique et qu’elle soit soutenue financièrement par un fonds, equity ou venture, actif en Belgique”, précise M.Demaerel. Un jury de professionnels – composé de Jan Alexander (PMV et président de la BVA), Jean-Pierre Di Bartolomeo (Sowalfin), Guy Mampaey (Gimv), Raf Moons (BNP Paribas Fortis), Jos B. Peeters (Capricorn Venture Partners), Pierre Rion (business angel et vice-président de la SRIW) et Conny Vandendriessche (business angel) – a désigné trois nominés dans chacune des trois catégories. La dernière étape, intervenue fin septembre, a permis de retenir huit nominés (assez curieusement, la biotech wallonne Ogeda, reprise récemment par un groupe japonais, n’a pas souhaité prendre part à l’exercice). Chaque nominé a eu l'occasion de défendre sa cause devant le jury.

Trois champions flamands

Dans la catégorie “venture”, le prix est revenu à Multiplicom. Cette spin-off de l’Université d’Anvers et du laboratoire de biotechnologie VIB, soutenue notamment par la Gimv, a créé des kits qui permettent d’analyser l’ADN humain pour identifier des indices de maladies. La biotech a été rachetée en 2017 par la société américaine Agilent Technologies pour près de 70 millions d’euros.

Dans la catégorie “croissance”, c’est le groupe gantois Intelligent (holding de contrôle de Combell et Sentia), fondé en 1999 par Jonas Dhaenens, qui a décroché les lauriers (lire, à ce propos, le dossier consacré à Gand dans La Libre Entreprise du 6 octobre). Ces dernières années, Intelligent s’est lancé dans une stratégie de croissance externe spectaculaire (plus de 50 acquisitions en dix ans!), avec le soutien du fonds de private equity anversois Waterland."Au cours des quatre dernières années de partenariat, a relevé le jury, on a pu observer un facteur de croissance x9 pour le chiffre d’affaires et x12 pour l’Ebitda”.

Pour la catégorie “buy-out”, c’est Desotec qui est sortie victorieuse. Fondée en 1990,cette société de Roulers a développé des solutions de purification de l’air avec des filtres mobiles à charbon actif pour l’industrie. Elle a pu compter sur le fonds AAC Capital Partners. Il y a un an, le fonds suédois EQT a pris le relais. Pour le jury de la BVA, Desotec est “un exemple frappant de l’économie circulaire, réconciliant l’efficacité des processus industriels avec l’environnement”.