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On apprenait mardi que le gouvernement italien ouvrait une enquête pour vérifier la conformité de la procédure d'appel d'offres du rachat du sidérurgiste Ilva par ArcelorMittal. Cette enquête va durer 30 jours et, si elle aboutit à un constat d'irrégularités, cela aura des conséquences directes sur l'avenir du bassin sidérurgique liégeois.

En effet, quand ArcelorMittal a jeté son dévolu sur l'immense et très polluant complexe sidérurgique d'Ilva, situé à Tarente dans le sud de l'Italie, et a été autorisé par la Commission européenne, après enquête approfondie, à en faire l'acquisition pour 1,8 milliard d'euros (auxquels s'ajoutent 2,3 milliards d'euros pour améliorer la productivité et réduire les émissions polluantes), le groupe a dû se soumettre à une exigence européenne.

Ventes forcées pour cause de problème de concurrence

La Commission a estimé qu'avec ce rachat, ArcelorMittal allait contrevenir aux règles de la concurrence de l'Union européenne sur certains produits en acier. Elle a contraint le sidérurgiste à se séparer de plusieurs actifs en Europe pour éliminer ce problème. ArcelorMittal a identifié six sites, regroupés en lots, qu'il acceptait de revendre. Un de ces lots est composé des deux lignes de galvanisation de Flémalle et de l'usine du fer-blanc de Tilleur, dans le bassin liégeois, accolées au site de Dudelange au Grand Duché. Le site luxembourgeois est vieillissant, très éloigné d'un quelconque débouché maritime et semble donc être un frein pour pas mal d'investisseurs potentiels.

Un appel à candidats repreneurs a été rapidement lancé puisque l'Europe exige que la vente soit conclue pour novembre au plus tard. On sait que trois opérateurs ont manifesté leur intérêt : le suédois SSAB, l'allemand Salzgitter (qui a confirmé sa proposition d'offre le 16 juillet, date a priori butoir pour se manifester) et la filiale belge du sidérurgiste russe NLMK, financée à 49 % par la Région wallonne.

NLMK se tait dans toutes les langues

Une délégation de NLMK a visité les usines liégeoises en mars. Mais, depuis, c'est le silence radio. Nous avons contacté à plusieurs reprises l'entreprise basée à La Louvière pour savoir si elle avait fait une offre. Aucune réponse ne nous a été donnée. Même discrétion totale du côté du cabinet du ministre wallon de l'Economie, Pierre-Yves Jeholet (MR) où l'on n'a pas répondu à nos demandes.

Certains syndicalistes liégeois d'ArcelorMittal croyaient savoir qu'une réunion d'information au sujet du candidat repreneur qui serait choisi par ArcelorMittal se tiendrait la semaine prochaine. Elle ne devrait pas avoir lieu et pourrait être reportée d'un bon mois. C'est que l'affaire Ilva s'est invitée dans le dossier...

La séparation des actifs est en cours

Si le gouvernement italien, qui a la tutelle d'Ilva depuis 2015 et la faillite du groupe, retire la prise du deal dans 30 jours, la vente forcée des usines de Mittal en Europe n'a plus lieu d'être. A Liège, ArcelorMittal a déjà commencé à séparer ses actifs devant être vendus en créant une entité baptisée TopCo. Quelque 700 travailleurs liégeois y sont versés.

Ce rebondissement ne laisse personne indifférent dans le bassin liégeois et un certain stress gagne des travailleurs et leurs représentants. D'aucuns estiment déjà que, même si le rachat d'Ilva est annulé, ArcelorMittal vendra tout de même ses usines liégeoises dont on le soupçonne de vouloir se débarrasser depuis longtemps. Le groupe sidérurgique, en tout cas, ne souhaite faire aucun commentaire.