Entreprise

Ne s’installe pas comme coiffeur, entrepreneur, carreleur ou boulanger qui veut. Enfin, pour l’instant. Un accès à la profession est nécessaire pour nombre de métiers, dans les secteurs de la construction (entrepreneur, carreleur, menuisier-charpentier, installateur sanitaire ); la mécanique (carrossier-réparateur, mécanicien de cycles ); les services aux personnes (coiffeur, esthéticien(ne), masseur) ou l’alimentation (boulanger, traiteur ), notamment. La régionalisation de l’accès à la profession risque-t-elle de mettre fin au principe ?

Actuellement, toute personne qui désire s’installer comme indépendant - autre que les professions libérales - ou créer sa PME doit avoir un numéro d’entreprise auprès de la Banque-Carrefour. Pour obtenir ce numéro, il est nécessaire de passer par un des neuf guichets d’entreprises agréés à travers le pays. Celui-ci vérifie notamment deux choses : la capacité entrepreneuriale du demandeur et, pour certains métiers, son accès à la profession. " La capacité entrepreneuriale est en fait la compétence de gestion. Cette mesure a été prise dans les années 90 pour limiter le nombre de faillites. Un diplôme de secondaire ou du supérieur ou la preuve d’une formation accélérée en gestion sont requises" , explique Clarisse Ramakers, conseillère juridique à l’UCM (Union des classes moyennes).

Pour certains métiers, un accès à la profession est nécessaire. " Il faut prouver ses compétences techniques par un diplôme, une formation dans un centre tel que l’IFAPME ou une expérience d’un certain nombre d’années dans le secteur. C’est le cas par exemple d’un ouvrier qui a travaillé comme maçon auprès d’un entrepreneur et puis qui décide de s’installer à son propre compte ", explique Clarisse Ramakers. L’accès à la profession et la capacité entrepreneuriale devraient être régionalisés. Dans quelle mesure ? Personne ne peut encore le dire car il ne s’agit que d’une ligne dans la note Di Rupo. " Mais ce sera fait. C’est une demande de la Flandre qui voudrait supprimer les accès, pour des questions de libéralisation ", note Clarisse Ramakers, qui précise que " cela ne semble pas une bonne idée car la reconnaissance est une garantie pour le consommateur ". Active sur Bruxelles et la Wallonie, l’UCM propose non pas de maintenir le principe dans ces deux régions - " car cela pourrait inciter des entrepreneurs à choisir de s’installer en Flandre même s’ils travaillent dans les deux autres régions" -, mais de mettre en place des labels afin que le consommateur sache quelles formations a suivies le professionnel auquel il s’adresse. " Cette procédure n’est pas trop lourde. De plus elle valorise les métiers techniques ." Quant à la capacité entrepreneuriale, l’UCM plaide pour son maintien. " Il est indispensable que les gens qui se lancent comme indépendants connaissent quelques bases de gestion. Cela évite nombre de faillites ."

La régionalisation de l’accès à la profession " ne peut que rajouter à la complexité . Et créer des situations absurdes. Comment expliquer à un jeune qui a fait toutes ses classes à Bruxelles qu’il ne peut peut-être pas s’installer comme traiteur à Overijse ? ", nous explique un interlocuteur, qui ne serait pas contre la suppression du principe. " Le fait d’avoir suivi une formation n’est pas toujours une garantie de qualité, ni pour le présent ni surtout pour l’avenir." Des différences régionales pourraient pousser les entrepreneurs à choisir une région plutôt qu’une autre, note-t-on aussi du côté de l’Union des guichets d’entreprises. " Or le choix du lieu d’établissement devrait uniquement être inspiré par des arguments économiques et non par des opportunités de réglementation. De plus, de nombreuses entreprises ont plusieurs unités d’établissements dans des régions différentes. Une régionalisation compliquera le travail des entrepreneurs ."