Entreprise Portrait

Avec l’acquisition virile des magasins Mac Line, puis dans la foulée de trois boutiques Photo Hall, la Campinoise Annick Maes est désormais à la tête de "la" chaîne de distribution Apple la plus étoffée du pays. Pourquoi "virile", alors que le patron de Mac Line qui se fond actuellement dans l’ensemble Easy M, est une dame ? Parce que, à sa manière féminine, Annick Maes a réussi à mettre la main sur un petit joyau en dépit de la complexité du problème. Tout ça pour dire que Madame Maes est une personnalité très complète qui vaut le détour.

Apparemment, rien ne lui fait peur : ni les banques, ni la conjoncture, ni la concurrence et encore moins l’avenir. A sa manière qu’elle veut humaine, proche des gens, presque maternelle (en langage "homme" on dirait paternaliste et ce serait mal vu), elle gère un bel ensemble commercial qui surfe sur la vague - le tsunami - Apple. Or, chez Apple, on n’a pas grande considération pour les distributeurs. En tout cas, si on en a, on le cache bien. Une forme d’arrogance qui a récemment fait plier le groupe français eBizzcuss qui détenait le réseau belge MacLine, repris désormais par Annick Maes. Risqué ? Non : à cet égard l’approche féminine intelligente d’Annick Maes fait des merveilles. Beaucoup de distributeurs rechignent par exemple à se plier aux exigences tyranniques d’Apple à propos de l’agencement des magasins. Pour Annick Maes, pas question de se mesurer "d’homme à homme" au géant américain. "Leur système fonctionne parfaitement. Ils disposent de psychologues, de spécialistes du marketing J’en profite et ça marche."

Dans le feu du renouvellement des magasins repris dans la liquidation du groupe français eBizzcuss, Annick Maes ne fait pas dans le détail : les espaces ouverts sous sa houlette sont totalement conformes au cahier des charges Apple, lumineux, sobres, alternant les murs blancs, les bancs de bois clair et les planchers de bambou lamellé-collé. Pas d’économies de bouts de chandelles ici.

En bonne commerçante campinoise, Annick Maes sait ce qu’elle veut : "Ces magasins sont pour les amateurs de technologie ce que les "bollewinkels" sont aux enfants. On a envie de tout acheter, de se faire plaisir !"

Une sensibilité de maman puisque, non contente de gérer ses "bollewinkels", Annick est aussi une épouse et la maman de trois ados. Ici, elle le dit elle-même, elle avoue travailler 16 heures par jour en sous-entendant que c’est probablement plus, et cela, 6 jours sur 7. Mais c’est dans le feu de l’action, une fusion à réaliser, et il n’y a pas le droit à l’erreur : c’est la crise et les banquiers n’ont pas été les plus faciles à convaincre. Et puis, il ne faut pas sous-estimer l’investissement personnel pour une acquisition réalisée dans le cadre d’une liquidation, et en France en plus. C’est que si aujourd’hui, Annick Maes s’est remise à la pratique du français, étudié durant les camps de vacances (mes parents étaient stricts à ce propos et voulaient que l’on connaisse les langues), elle a dû jongler en France avec une langue quasi inutilisée dans ses fiefs flamands. Ses progrès sont remarquables au point de la voir hésiter sur les mots flamands au cours de notre entretien qui s’est finalement déroulé dans un superbe mélange linguistique "à la belge".

Bref, après son escale de 4 mois en France, la voilà qui débarque à Bruxelles et en Wallonie avec l’envie de transformer l’essai. Son ambition ? Réaliser à fin 2013 (l’exercice décalé se terminant en mars 2014) un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros contre des ventes actuelles de quelque 76 millions d’euros.

C’est que madame jongle avec les chiffres. Un don familial ? Il y a de cela. "J’ai eu la chance de démarrer dans l’entreprise familiale - nous vendions des machines à écrire. Avec les côtés positifs et négatifs de la chose. Ma sœur et moi, on a dû débuter "low profile", on a dû apprendre, apprendre et apprendre encore. Mais dans un environnement sécurisant : avec des gens qui nous connaissaient et que nous connaissions, dans une entreprise solvable, avec pignon sur rue". Mais ce côté familial est aussi un frein parce que cet environnement est moins malléable. "Oui, c’est vrai dans une certaine mesure puisque lorsque j’ai voulu relooker le magasin familial sur le modèle des Apple Stores, on m’a en gros répondu : pourquoi ? On a toujours fait comme ça ! Et c’est vrai que le magasin n’avait pas changé en 40 ans. Alors il a fallu convaincre de la nécessité d’investir : un mot qui a aussi un peu choqué mon père Mais lorsqu’il nous a donné les rênes à ma sœur et à moi - dans une entreprise de ce type, le plan idéal n’est pas vraiment de laisser deux filles gérer la boutique - il n’a pas mis longtemps à revenir jeter un coup d’œil et de constater que s’il n’y avait pas vraiment cru, il s’était trompé".

Un avis et une attitude qui visiblement ont été appréciés par Annick. Depuis, son père vient encore s’imprégner de l’atmosphère de l’affaire familiale. "C’était sa vie, c’est ma passion. Mais moi j’arrive à déconnecter totalement quand je le souhaite, même si ce n’est pas souvent. Je garde une vie sociale, des amis d’il y a 20 ans, j’adore voyager Mes enfants aussi d’ailleurs."