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Un plan de sauvetage pour l’Espagne ? Quel plan de sauvetage ? Jugée inéluctable il y a peu, la perspective de voir Madrid en appeler à l’aide financière internationale semble s’éloigner. "Si on examine la situation du marché actuellement, je ne vois aucune nécessité pour l’Espagne de postuler à quelque programme que ce soit", déclarait vendredi un haut responsable de la zone euro, avant la réunion de l’Eurogroupe qui se tiendra ce lundi à Luxembourg.

Certes Madrid a réussi à emprunter près de 4 milliards d’euros jeudi, plaçant des titres à deux et à cinq ans à des taux inférieurs (3,282 % et 4,766 %) à ceux, enflammés, de juillet (5,204 et 6,459 %). L’annonce, le mois dernier, par le directeur général de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, de la mise en place d’un plan de rachat "illimité" des dettes des pays devant supporter des taux trop élevé semble produire ses effets. Mais pour l’heure, l’Espagne n’a pas encore demandé à la BCE de lancer son Opération monétaire sur titres. Malgré que le rendement des obligations à 10 ans est de 5,71 %. Intenable à long terme.

D’autant que la santé économique du pays reste plus que préoccupante, avec une récession de 0,5 % du Produit intérieur brut attendue en 2013 et un taux de chômage frôlant les 25 % de la population active, jusqu’à 50 % chez les jeunes. La situation budgétaire de l’Etat central est à l’avenant, sans parler de celles des régions autonomes. La dette, elle, continue de croître jusqu’à 85 % du PIB. Madrid prévoit de ramener son déficit public à 4,5 % du PIB l’an prochain, contre 7,4 % cette année. Même avec le nouveau plan de rigueur adopté il y a dix jours, "ce sera très très difficile", poursuit le même responsable européen.

Mais le gouvernement espagnol (de droite) n’en démord pas : l’Espagne n’a "aucunement besoin d’un plan de sauvetage", comme l’a répété le ministre de l’Économie, Luis de Guindos, jeudi.

L’Allemagne, notamment, relaie ce message. Car la coalition gouvernementale dirigée par Angela Merkel souhaite éviter de devoir vendre aux contribuables allemands un nouveau plan d’aide à la veille d’une année électorale.

Pas question, donc, de plan d’aide comparable à ceux dont bénéficient l’Irlande, le Portugal et la Grèce. Mais en coulisses, il est question d’un plan B, dont l’activation sera facilitée par le lancement du Mécanisme européen de stabilité financière (MES) (lire ci-contre).

Le MES garantirait 20 à 30 % des nouvelles obligations émises par l’Espagne, ce qui permettrait à celle-ci d’honorer à moindre coût les échéances financières à venir. Coût estimé pour le fonds de secours permanent : 50 milliards d’euros.

Il est par ailleurs déjà convenu que le MES recapitalisera les banques espagnoles. De la ligne de crédit de 100 milliards accordée en juin par l’Eurogroupe, seuls 40 seraient nécessaires. Question : le MES recapitalisera-t-il directement les banques, ou passera-t-il par la case Etat ? Pour l’Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande, seules des banques dont les problèmes auraient été détectés après la mise en place d’une supervision bancaire intégrée pourraient être directement renflouées. Pas avant janvier 2013, au mieux, donc. Mais l’Espagne, qui ne tient pas à ce que le sauvetage des banques espagnoles ne grève encore plus les comptes publics, espère jouir d’un effet rétroactif. Un sujet qui retient l’attention de l’Irlande, précipitée dans le chaos financier après avoir dû renflouer son secteur bancaire.