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"Notre mission, votre futur" : l’armée belge vient de lancer une campagne aux airs de piqûre de rappel, où elle passe rapidement en revue son implication dans de nombreuses missions à l’étranger. L’accroche centrale de la vidéo est que la population ne se soucie pas le moins du monde des enjeux liés à ces opérations parfois très peu médiatisées, ou ne surgissant dans l’actualité qu’à de rares (et parfois tragiques) occasions. Et pourtant, elles sont bien réelles. Le message de ce coup de sonde est de profiler la Défense comme un acteur important, et à nul autre pareil, de la résolution des conflits et des crises qui menacent, même de loin et indirectement, la sécurité de l’Europe. Il est vrai que l’aperçu du nombre de missions assumées par une armée aussi réduite en effectifs et, selon certains, en moyens, mérite de temps à autre des efforts de communication : la plupart sont largement méconnues. Qu’on le veuille ou non, les armées européennes ont encore des missions à remplir. Aussi bien dans la lutte contre Daesh que dans des missions de formation, d’entraînement et de surveillance, par exemple dans les pays baltes, l’armée belge demeure active, fût-ce avec des investissements inférieurs à ce qu’exige l’Otan (soit 2 % du PIB).

Mais au-delà de ce rappel, que peut dire l’armée ? Pas grand-chose… La communication d’une institution qu’on a longtemps surnommée la "grande muette" reste un exercice particulièrement délicat : si l’armée est "présente" à nos yeux, c’est surtout dans les gares et les aéroports belges depuis la hausse de la menace terroriste; il existe en son sein des visions différentes à propos de son financement, de ses priorités, de sa finalité; l’existence même de l’armée, à une époque où le service militaire n’est plus qu’un souvenir, suscite des attentes ambivalentes, entre l’espoir d’un monde en paix et l’omniprésence des questions sécuritaires dans nos pays. Et que dire des polémiques et des tensions autour du bien-fondé de telle ou telle mission, de la participation à telle ou telle coalition…

Pour naviguer entre ces pièges communicationnels et tenter de faire consensus autour d’elle, la Défense fait souvent le choix de rester parcellaire et très éthérée dans ses messages. Heureusement pour elle, pourrait-on dire cyniquement, les enjeux soulevés, à savoir la sécurité internationale à l’époque du terrorisme, sont, eux, très médiatisés et permettent à cette action de com’de toucher un public large. En dehors de cela, l’image globale que renvoient ces campagnes ne donne qu’un infime fragment des enjeux, des réalités et du quotidien des militaires…