Entreprise

Marc du Bois, CEO du groupe Spadel, a récemment été désigné "Manager de l'année". Dans un entretien à "La Libre", il s'adresse ouvertement au monde politique.

Avez-vous le sentiment que les entrepreneurs ne sont pas assez soutenus par les pouvoirs publics, voire mal aimés?

Incompris, plutôt. Le monde politique ne connaît pas l’entreprise. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’y intéresse pas. Spa Monopole a accueilli diverses personnalités politiques. Et même, dernièrement, le Premier ministre, dans le cadre d’une initiative de rapprochement portée par la Fevia (Fédération de l’industrie alimentaire belge, NdlR). C’est toujours un moment important et il a pu comprendre nos défis. Comprendre, par exemple, que notre activité est indélocalisable, ce qui fragilise aussi l’entreprise en l’exposant à tout ce que la Belgique peut exiger en termes d’obligations, de taxes, etc. Telle la cotisation d’emballage. Le monde politique est là pour du court terme alors qu’une des caractéristiques des entreprises familiales est qu’elles regardent le long terme. Pour preuve, Spadel n’a jamais autant investi dans l’outil industriel que depuis le début de la crise de 2008 (plus de 50 millions d’euros, dont 13 millions en 2010 dans une nouvelle ligne de production de bouteilles en verre).

A l’approche des élections, on repense à la longue crise politique de 2010-2011. 541 jours ! Quelles furent les conséquences concrètes pour Spadel. Et craignez-vous une nouvelle crise après les élections?

La crise politique n’a pas pesé sur l’entreprise, sa rentabilité, son efficacité, sa croissance… Même si elle était indirectement embarrassante, car on est une marque belge, fournisseur de la Cour de surcroît. Elle a, par contre, laissé des traces chez tous nos politiciens. Et mon sentiment - mais je suis optimiste de nature - est qu’ils auront, demain, l’intelligence de faire passer d’abord et avant tout l’intérêt du pays et le socio-économique.

La problématique du coût du travail et de l’indexation automatique des salaires reviendra dans l’actualité. Quel est votre avis à ce sujet?

On évoque généralement un différentiel salarial de 15 % à 20 % par rapport à nos voisins. Au sein de notre groupe, on a fait le calcul : un ouvrier belge coûte 47 % de plus à l’entreprise qu’un ouvrier gallois ! Aborder cette problématique du dérapage salarial, c’est déboucher très rapidement sur l’indexation automatique des salaires. Une réalité que j’ai un peu de mal à expliquer à un Français ou à un Britannique, mais aussi à des collaborateurs qui me demandent ce que je fais en termes de mérite. Car l’indexation vaut pour les meilleurs comme pour les plus mauvais.

Êtes-vous partisan d’une suppression de l’indexation, d’un aménagement?

Une suppression pure et simple aurait des conséquences graves en matière d’attitude et de comportement de certaines catégories de travailleurs et la Belgique n’a pas besoin de cela. On pourrait envisager un saut d’index ou moduler l’indexation en fonction du niveau de revenus; on pourrait aussi sortir le coût de l’énergie (10 % à 15 % plus chère que chez nos voisins) de l’indice santé car cela pénalise la compétitivité du pays.

Mais ce système n’améliore-t-il pas le pouvoir d’achat en Belgique?

Je n’en suis pas convaincu. Ce dont je suis par contre certain, c’est que la fiscalité est le grand chantier de demain. Toute la fiscalité : IPP, ISOC, précompte mobilier… Il faut tout revoir, tout remettre à plat, partir d’une feuille blanche. Pourquoi ne pas globaliser les revenus des personnes physiques et seulement alors les taxer ? Ce serait faire preuve de transparence, d’équité; les niches fiscales seraient révélées ou disparaîtraient; ce serait digne et acceptable pour tous les niveaux de revenus. Cette réflexion pourrait aussi s’appliquer à l’imposition des sociétés. Prenons le cas de Spadel. En tenant compte des intérêts notionnels et de ce que l’on peut faire en tax shelter, aujourd’hui, toutes taxes et tous niveaux confondus (communes de Spa et de Stoumont, Région wallonne, écotaxes…), Spadel paye 30 % d’impôts. Soit 28 millions d’euros ! C’est plus du double du bénéfice de l’entreprise.