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Suez et Gaz de France, dont le gouvernement a précipité la fusion pour éviter la chute d’un fleuron du capitalisme français dans des mains étrangères, tentaient de finaliser dimanche les modalités d’une opération qui donnera naissance à un géant français et européen.

Le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé samedi le mariage entre les deux français, cinq jours après que le groupe italien d’électricité Enel ait déclaré être intéressé par Suez. La fusion donnera naissance à l’un des «tout premiers groupes mondiaux de l’énergie, notamment dans le gaz », a-t-il affirmé.

Le mariage entre Suez, cinquième électricien et sixième groupe gazier en Europe, et Gaz de France, deuxième opérateur gazier européen, pèsera plus de 70 milliards d’euros en Bourse, juste derrière EDF, premier groupe énergétique européen avec une capitalisation de 80 milliards d’euros.

Mais les modalités de cette fusion sont loin d’être arrêtées. Au ministère des Finances comme au sein des deux entreprises, les équipes s’activaient dimanche pour définir les grands axes.

La question reste de savoir qui de Suez ou de GDF achète l’autre et combien restera à l’Etat français, qui détient 80,2% de GDF mais dont la part descendra mécaniquement après la fusion puique GDF est plus petit que Suez.

Une chose est sûre, l’Etat sera incontournable pour la direction du nouvel ensemble. «La participation de l’Etat ne sera en aucun cas inférieure à la minorité de blocage, soit 34% », a déclaré le ministre des Finances Thierry Breton dans un entretien au Journal du Dimanche.

L’Agence des participations de l’Etat (APE) travaillait dimanche d’arrache-pied pour établir les parités entre les deux groupes, a indiqué une source proche du dossier.

Gaz de France, conseillé par les banques Lazard et Merrill Lynch, a annoncé la tenue d’un nouveau conseil d’administration dimanche à 20H00 pour essayer de voir plus clair dans le projet. Son PDG Jean-François Cirelli devrait tenir une conférence de presse lundi après-midi.

Suez, qui est conseillé par Calyon et Rotschild, devrait également convoquer un nouveau conseil d’administration dimanche soir.

Les deux groupes avaient convoqué en urgence samedi soir un conseil d’administration, où chacun a mandaté son PDG pour poursuivre les discussions permettant la fusion «dans le respect des concertations nécessaires ».

Les deux groupes ont aussi souligné dans un communiqué samedi «la nécessité du respect de la culture des deux groupes et l’importance qu’il attache à un projet qui soit créateur d’emplois ».

Les syndicats, «abasourdis » par l’annonce du gouvernement, ont dénoncé une mesure précipitée signant la privatisation de GDF, avec de lourdes conséquences pour l’emploi, les tarifs et les investissements de l’entreprise.

Le gouvernement veut en tout cas aller vite: le Parlement sera saisi dans les plus brefs délais pour modifier la loi qui empêche l’Etat de descendre en dessous de 70% du capital de GDF, et M. Breton recevra lundi à Bercy les syndicats pour entamer les négociations sur le statut des gaziers.

Mais selon un expert des opérations de fusion, le mariage devrait durer six à neuf mois avant d’être consommé car le processus est fait d’étapes intermédiaires: changement de la loi, dépôt d’une offre de Suez sur les titres GDF, examen de la Commission des participations de l’Etat.

Pour l’Italie, ce mariage est un camouflet.

Le ministre italien de l’Economie Giulio Tremonti a averti dimanche que l’Europe risquait de se retrouver «au temps des tsars et des kaisers » si le protectionnisme n’était pas freiné.

Le ministre italien de l’Industrie Claudio Scajola a déclaré dimanche que le «néo-protectionnisme » menaçait «le destin politique et économique de l’Union européenne »