Entreprise Eclairage au Luxembourg

Niché entre la France, la Belgique et l’Allemagne, le grand-duché de Luxembourg est un pays qu’on connaît en fait souvent assez mal. Même si on le traverse régulièrement. Coincé entre ses voisins, il n’en demeure pas moins fier de son identité et tient à conserver ses spécificités. Son indépendance économique aussi. Qui passe notamment par sa jeune université créée en 2003.

"Deux raisons principales peuvent être avancées pour expliquer la création de cette université", explique Britta Schlüter, responsable du service de communication de l’université. La première tient à l’éducation des Luxembourgeois. "Contrairement à ce que l’on peut croire, le niveau d’éducation des Luxembourgeois est faible par rapport à d’autres Européens. Notamment parce que nous n’avions pas d’université. Il n’y a pas suffisamment de personnes formées pour les besoins de l’économie. 50 % des nouveaux emplois au Grand-Duché requièrent un diplôme universitaire. Ce qui oblige le pays à recruter à l’étranger. Chaque jour, près de 140 000 frontaliers viennent au Grand-Duché pour y travailler."

La deuxième explication est liée à l’histoire du pays. "Le Luxembourg est un pays qui est devenu riche grâce à la sidérurgie. Mais dans les années 60, le secteur a été frappé par la crise. Il a fallu trouver une alternative : les banques. Mais on s’est rendu compte qu’il était dangereux de dépendre d’une seule ressource. Or, 40 % des revenus du pays viennent du secteur bancaire. On s’est dit qu’il fallait diversifier l’économie. Comment ? On n’a pas de pétrole, mais on a des cerveaux. C’est là-dessus qu’il fallait miser. D’où la décision du pays d’investir dans la recherche. Il fallait une université comme moteur de cette recherche."

Aujourd’hui, l’université compte 5700 étudiants répartis dans trois facultés (sciences, technologies et communication, droit, économie et finance, et lettres, sciences humaines, arts et sciences de l’éducation) sur trois sites. Près de la moitié viennent de l’étranger. Cent nationalités différentes y sont représentées. Tous les étudiants luxembourgeois sont invités à passer au moins un semestre à l’étranger. "Nos étudiants ont toujours fait leurs études à l’étranger. Nous n’essayons pas de les retenir. Mais beaucoup veulent travailler au Luxembourg. On essaye alors de leur offrir la possibilité de faire un master au pays. Cela a un sens de faire leur bachelor à l’étranger, et puis de revenir pour le master", constate Britta Schlüter.

Dès la rentrée 2014, l’université devrait accueillir les étudiants dans ses nouveaux locaux à Belval (voir ci-contre et notre photo). Exception faite de la faculté de droit, d’économie et de finance, qui, pour des questions pratiques, doit rester proche du centre.

"Nous nous limiterons à maximum 8 000 étudiants. L’université restera petite et n’offrira pas toutes les formations. C’est un avantage aussi, car cela permet plus de proximité entre les étudiants et les professeurs. Nous avons dû faire des choix qui ont du sens pour le Luxembourg, pour l’économie de la région", explique Britta Schlüter. "Nous devons suivre une politique de niche", estime Pierre Decker, premier conseiller du gouvernement luxembourgeois. "Il faut aussi réagir avant que les grands Etats ne réagissent. La globalisation fait qu’il faut courir de plus en plus vite."

La recherche fait partie de ces niches. L’université a ainsi mis sur pied deux centres de recherche : le SNT (Interdisciplinary Center for security, Reliabilty and trust) et le LCSB (Luxembourg Center for Systems Biomedicine). Le premier, créé en 2009, est spécialisé dans la recherche sur la sécurité, le transfert et la protection des données. "Nous avons une forte demande du secteur bancaire", explique Björn Ottersten, directeur du centre, qui précise : "Nous faisons de la recherche interdisciplinaire. C’est-à-dire que nous ne nous limitons pas aux aspects techniques. Nous nous intéressons aussi aux côtés légaux, humains,..." Fondé fin 2009, le LSCB est spécialisé, lui, dans la personnalisation médicale, avec un focus sur la maladie de Parkinson.

L’université collabore aussi avec des entreprises pour développer des chaires, comme avec SES, société spécialisée dans les satellites.

"Nous avons quelques atouts pour la recherche", avance Marc Schiltz, secrétaire général du Fonds national de la recherche Luxembourg. "L’environnement est international et multilingue. La qualité de vie est élevée. De plus, il y a une réelle volonté du gouvernement d’investir dans ce secteur. Le budget est en croissance. Enfin, nous avons des programmes attractifs pour les chercheurs. Nous leur offrons notamment un package pour monter une équipe, un labo, Il s’agit de moyens techniques et humains et non d’un salaire, car ce dernier n’est pas essentiel pour un chercheur."