Entreprise La mission économique princière s’est achevée vendredi. Décryptage.  

C’est toujours un exercice difficile de faire le bilan d’une mission économique tant les événements se succèdent et parfois se chevauchent à un rythme soutenu. Celle qui s’est déroulée en Corée du Sud jusqu’à vendredi ne fait pas exception à la règle. Si on se fie aux déclarations des trois ministres (Didier Reynders, Jean-Claude Marcourt et Philippe Muyters) et des deux secrétaires d’Etat (Peter De Crem et Cécile Jodogne) qui y ont participé, le succès est incontestable.

Un volet politique important

De par la présence de Didier Reynders, cette mission a eu un volet politique non négligeable. Le ministre des Affaires étrangères a obtenu ce qu’il était venu chercher, à savoir le soutien de la Corée du Sud à la candidature de la Belgique pour une place au Conseil de sécurité des Nations unies. C’est un travail de longue haleine, se plaît-il à glisser, qui a commencé avant qu’il ne devienne ministre des Affaires étrangères et qui est loin d’être terminé. En langage reyndersien, il faut comprendre : arrêtez de faire un lien entre certaines affaires (comme le vote controversé de la Belgique pour l’Arabie saoudite au sein d’une Commission des Nations unies pour les droits de la femme) et la candidature de la Belgique qui a été décidée avant qu’il devienne chef de la diplomatie.

Didier Reynders a aussi eu le privilège d’être le premier ministre d’un pays européen à rencontrer le nouveau président Moon. Cette primeur est le fruit du hasard. A l’origine, la mission devait avoir lieu aux Philippines, mais les trois Régions sont tombées d’accord pour ne pas aller dans un pays dirigé par un homme aux méthodes pour le moins controversées. Deuxième élément, le timing politique en Corée du Sud avec la formation d’un nouveau gouvernement.

La princesse Astrid et les cinq ministres et secrétaires d’Etat ont donc été reçus avec tous les honneurs par le nouveau chef d’Etat et le Premier ministre.

La Flandre en force

D’un point de vue économique, cette mission aura permis la signature d’une dizaine de contrats du côté de Bruxelles et de la Wallonie, essentiellement de petite taille. Mais elle aura surtout été l’occasion de renforcer les contacts pour les acteurs déjà présents en Corée du Sud. Comme toujours, c’est la Flandre qui se taille la part du lion. Alors qu’elle représente la très grande majorité des exportations de la Belgique, elle était présente à Séoul avec quelques secteurs clés de son économie tels que les producteurs de viande ou les représentants des activités portuaires à Anvers et Zeebrugge.

Côté wallon, quelques PME ont réussi à faire une percée dont BEA qui a vendu des capteurs électroniques pour le métro à Séoul. Une entreprise qualifiée de "pépite" par le ministre Jean-Claude Marcourt. Le principal défi pour les PME wallonnes en Corée est d’arriver à trouver des débouchés dans un pays fortement dominé par quelques conglomérats (de Hundai à Samsung, en passant par le géant de la distribution Lotte).

Complexité belgo-belge

La Région bruxelloise, qui a mis en avant l’industrie du service, est aussi confrontée à ce problème. Pour diverses raisons (lire ci-contre), elle n’a pas mis en avant le tourisme, mais s’est plutôt concentrée sur des secteurs tels que les médias au sens large, voulant trouver de l’inspiration dans la Media Digital City construite sur plus de 50 hectares à Séoul pour le Media Park à Reyers dont la fin des travaux est annoncée pour 2030.

La Flandre, et plus précisément Visit Flanders a, elle en revanche, organisé un séminaire intitulé "Destination Flanders". Dans le camp des francophones, certains se sont étonnés que Bruxelles et la Wallonie n’aient pas été associés à un séminaire dédié au tourisme, qui a bénéficié de la présence de la princesse Astrid. D’autant que des sorties récentes ont montré que "Visit Flanders" ne veut pas être présentée comme faisant partie de la maison Belgique.

Une mission économique restera toujours un miroir de la complexité institutionnelle belge.