Entreprise

La crise et la diminution du pouvoir d’achat ont obligé les consommateurs à faire des choix. Il s’avère qu’ils ont sérieusement touché le secteur du vêtement. Même si la récolte des données statistiques n’offre pas toujours de réponses précises, le fait est là : entre 2009 et 2010, les volumes importés en Belgique ont diminué de 13 %. Le plus grand perdant est la Chine, dont les exportations vers la Belgique ont reculé de 20 %. Celles en provenance des pays d’Europe ont, globalement, baissé de 8 %. Etonnamment, la Tunisie a échappé à cette morosité puisque ses exportations vers la Belgique ont augmenté de 2 %.

Est-ce à dire qu’on a vu et verra désormais plus d’étiquettes "Made in Tunisia" et moins de "Made in China" ? Oui... et non.

"Les données liées aux importations ne permettent pas de savoir précisément où sont fabriqués les vêtements vendus en Belgique", indique Erik Magnus, directeur de Creamoda (fédération professionnelle de l’habillement). " La Chine était en 2009 - et le reste sans doute en 2010 - le plus grand pourvoyeur, comptant pour 24 % des importations. Suivent, dans l’ordre, la France (14 %), l’Allemagne (11 %) et les Pays-Bas (10 %). Mais rien ne dit où sont fabriqués les produits en provenance de ces trois pays. La Chine fait donc probablement un score plus important que 24 %."

Tout comme la Tunisie qui, en importations directes, comptait en 2009 pour 5 %. "Le cas de la Tunisie est un peu particulier", ajoute Erik Magnus. "Elle profite d’un régime spécifique qui mêle exportations de tissus belges (à tout le moins de Belgique) et importations de produits finis ou semi-finis. La fabrication est, de plus, réalisée par des entreprises belges possédant, totalement ou partiellement, des usines sur place. La situation est donc très différente de la Chine qui se contente de produire pour des tiers."

Les événements récents qui ont bouleversé la Tunisie ont donc été suivis de près par Creamoda. Des deux enquêtes effectuées avant et après le départ de Ben Ali, il en ressort que la production et l’exportation n’ont été perturbées que pendant une semaine. Sans véritable impact sur l’approvisionnement des magasins. "Pour l’heure, tout semble être rentré dans l’ordre, mais nous nous interrogeons sur l’évolution politique et sur le climat économique qui en résultera à l’avenir" , ajoute le directeur de Creamoda.

Car c’est ce climat, qui, dans les années 70 et 80, a incité les industriels belges à investir en Tunisie et les distributeurs et grossistes à s’y fournir. "Un climat économique stable, mais également des incitants fiscaux", raconte Erik Magnus, "une suffisamment grande proximité et une similitude de langue et de culture. C’est le pays d’Afrique du Nord le plus important pour nous. Davantage que le Maroc et l’Egypte, même si les salaires y sont moins élevés."

Si la Tunisie est entrée très tôt dans le processus de délocalisation, elle a subi l’arrivée successive des pays d’Europe de l’Est (début des années 90) et de la Chine (début des années 2000). "Mais ni à l’Est, ni en Chine, les textiliens n’ont réalisé les mêmes investissements, se contentant de travailler avec des sous-traitants locaux." Un principe basé sur le même risque : celui de voir le coût de la main-d’œuvre augmenter, suite, pour les uns, à leur entrée dans l’Europe, pour l’autre, à un certain réalignement avec les tarifs de ses concurrents. Avec raison, apparemment. "Depuis quelques mois, les prix pratiqués en Chine sont moins compétitifs qu’avant", conclut Erik Magnus. "Elle n’est plus aussi nettement moins chère. D’où un certain déplacement. Avec ceci que la Tunisie a, derrière elle, des années de collaboration. Au début, on y fabriquait des produits simples : des salopettes de travail, des t’shirts D’année en année, elle a progressé en qualité, pouvant se permettre désormais de travailler des produits très pointus, comme la lingerie, par exemple, ou des articles plus étroitement liés à la mode, pour lesquels la proximité est importante."