Entreprise

Devenir hôtesse de l’air était un rêve de petite fille pour Sofia Lichani. "Mais entre rêve et réalité, il y a un énorme décalage quand vous travaillez pour Ryanair, explique la jeune Française. C’est plutôt camping qu’hôtel cinq étoiles à l’autre bout du monde". Lors d’un séjour comme fille au pair à Londres, en 2006, Sofia Lichani entend parler pour la première fois de la compagnie low cost irlandaise. "Je ne connaissais pas Ryanair et j’ai postulé. Après cinq minutes, j’étais engagée". Commence alors ce qu’elle décrit comme une vie de "galérienne de l’air". La formation pour devenir hôtesse est payante (1 400 euros), tout comme les uniformes facturés 30 euros la chemise. Les premiers vols sont bénévoles et les contrats sont d’une précarité incroyable. "Nous étions des pions corvéables à merci", explique la jeune femme qui travaille désormais dans une société d’import-export. "Vidée" par cette expérience de près de cinq ans d’hôtesse "low cost", Sofia Lichani a mis un certain temps avant de tout dévoiler par écrit."Beaucoup d’éditeurs ont refusé de publier ce témoignage de peur des représailles de Ryanair", explique Thomas Rabino, le compagnon de Sofia qui a coécrit le livre.

L’ex-hôtesse y raconte les derniers jours de la base de Marseille que Ryanair quitta du jour au lendemain, afin d’éviter de se conformer au droit du travail français. Elle y dépeint enfin la personnalité du "big boss" de Ryanair, Michael O’Leary, qui propose 200 euros à ses hôtesses pour poser à moitié dénudées et dans des positions suggestives pour son calendrier Ryanair. "Sans le vouloir, j’ai contribué à l’essor du paradoxe Ryanair : une entreprise qui démocratise les voyages en avion à coups de subventions, produit une aberration sociale capable de mettre la concurrence à genoux et contribue au réchauffement climatique avec son expansion continue, conclut Sofia Lichani. Le low cost a un coût et je l’ai payé au prix fort. Mais l’expérience en valait le coup".