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Mettre d’accord le gouvernement fédéral et la Région flamande avec la Région wallonne sur l’avenir de l’assureur Ethias. Et tout cela avec la bénédiction de la Banque nationale, l’autorité de contrôle. A priori, on pourrait se dire que c’était mission impossible étant donné les divergences de vue entre le nord et le sud du pays. Et pourtant, un communiqué publié vendredi soir confirme l’accord entre actionnaires et des changements tant en termes de gouvernance que de structures.

Des changements qui marquent un réel renouveau et dégagent des perspectives rassurantes pour l’avenir de l’institution ? Il est évident que les solutions qui ont été trouvées à l’issue de multiples et longues réunions sont le fruit de compromis et qu’il y a encore beaucoup d’étapes à franchir.

En termes de gouvernance, le président du conseil d’Ethias et de la société faîtière Vitrufin, Erik De Lembre, un ancien professeur de l’université de Gand (75 ans), a été poussé vers la sortie. Il est remplacé par Myriam Van Varenbergh, une avocate étiquetée CD&V. Il a été décidé que tous les administrateurs au-dessus de 70 ans devraient partir. Exit donc Jean-Pierre Grafé (ancien ministre CDH), Claude Desseille (ancien patron de Winterthur Belgique) et Willy Duron (ex-KBC). Ils sont remplacés par Philippe Donnay, le patron du Bureau du Plan et ex-chef de cabinet de l’ex-ministre CDH Joëlle Milquet, de Bruno van Lierde (associé au Boston Consulting Group) et Marc Descheemaecker (N-VA), ancien patron de la SNCB et déjà administrateur chez Vitrufin.

Ces nominations doivent encore recevoir l’aval des différentes instances, dont la Banque nationale de Belgique.

Comité d’audit décapité

Trouver de nouveaux administrateurs, qui s’y connaissent en assurance et sont à même de passer l’"assessment" auprès du régulateur n’a pas été facile. D’aucuns avaient pensé que l’ancien ministre Philippe Maystadt (69 ans), déjà administrateur chez Vitrufin, aurait pu faire un mandat d’un an. Solution qui n’a pas été retenue.

Avec le départ des administrateurs de plus de 70 ans, c’est tout le comité d’audit qui a été décapité. Mais les nouveaux arrivés ont des CV solides. Bruno van Lierde est pressenti pour reprendre la présidence.

Le conseil d’administration est composé de huit administrateurs non exécutifs et de cinq membres du comité de direction.

Il a aussi été décidé que la société Vitrufin, dont Ethias est le seul actif sera supprimée. Mais il faudra atteindre 2019 quand l’emprunt (280 millions) contracté pour financer le rachat des titres Dexia sera venu à échéance. Pour rappel, la Banque nationale aurait bien voulu que cette structure mise en place à la demande de la Commission européenne au moment de la crise bancaire, soit supprimée rapidement et que l’emprunt soit converti en capital Tier 1 (fonds propres au sens large). Ce qui aurait permis d’améliorer les ratios de solvabilité d’Ethias. Dans le plan présenté à la BNB, ce scénario sera mis en œuvre si les réserves d’Ethias descendent au-dessous d’un certain niveau. Les quatre actionnaires de l’assureur (Etat fédéral, régions wallonne et flamande et municipalités) ont donc obtenu un sursis. C’est l’Etat fédéral et la Région flamande qui étaient les plus réticents à convertir l’emprunt.

Victoire pour Jean-Claude Marcourt

En attendant, la structure Vitrufin, qui a coûté en 2016 266 000 euros en rémunération aux neuf administrateurs, continuera d’exister.

A noter qu’on n’annonce pas de changement dans la gouvernance de Ethias DC où sont représentées les municipalités et où il n’y a pas la limite des 70 ans.

Les quatre actionnaires d’Ethias se sont aussi mis d’accord sur une perspective de stabilité de l’actionnariat pour une période de deux ans. En fait, ils ont convenu qu’il fallait l’accord de trois actionnaires sur quatre pour examiner une offre jugée intéressante. On sait que les Wallons, présents via la Région et Ethias DC, sont très attachés au "stand alone". C’est également le statu quo pour la filiale informatique Ethias NRC dans le groupe. On peut y voir là une victoire pour le ministre wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt (PS).

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