Entreprise

C’est en fait l’histoire d’un apport financier somme toute modeste de 2,5 millions d’euros dans un secteur où l’on jongle plutôt avec les milliards. Mais c’est aussi le genre d’apport qui peut faciliter la vie du patient confronté à des problèmes de malvoyance, dont la dégénérescence maculaire, première cause des pertes de l’acuité visuelle des plus de 50 ans.

Voilà en fait sept ans que le groupe Novartis commercialise le Lucentis, prescrit pour ce genre de maladie. Il sera bientôt fabriqué à Puurs, en province d’Anvers. Quelque 99 % de la production sera destinée à l’exportation. La prescription de Lucentis concerne environ 1 500 personnes en Belgique.

Novartis a donc réalisé un apport pour mettre en place un processus de stérilisation de seringues préremplies, disponibles dans quelques mois en Belgique. "Cela peut paraître anodin, mais je peux vous assurer que lorsque vous avez l’œil grand ouvert, cette solution apporte bien plus de confort", explique Janneke van der Kamp, country president de Novartis Belgique et Luxembourg. "Cette seringue va aussi permettre un gain de temps pour le personnel médical qui ne devra plus doser chaque injection. Enfin, la garantie de stérilisation du produit sera encore augmentée."

L’élaboration de cette seringue préremplie a toutefois pris plus de trois ans. "Chaque étape était compliquée". Il y a avait surtout un processus de stérilisation à mettre au point. "La stérilisation du Lucentis doit se faire à une plus basse température que d’autres produits, sans quoi sa structure est modifiée."

Ce processus de stérilisation très particulier a en fait été confié à la société Strerigenics, et plus particulièrement au site de Petit-Rechain (Verviers). "C’était pour nous plus logique de supporter financièrement une société dotée d’une très grande compétence plutôt que de le faire nous-mêmes."

Si ce processus ne représente généralement qu’une faible partie du coût total de production d’un médicament - moins de 2 % - toute erreur dans cette étape peut compromettre une production entière.

Cet apport est plutôt une bonne nouvelle du côté de Verviers. "Même si cela ne va pas créer d’emplois car il s’agit d’un glissement d’activités dans le cadre de la stérilisation du Lucentis, cela conforte l’avenir du site", souligne Manu Ceyssens, general manager de Sterigenics Belgium.

C’est que la Belgique a quelques petits soucis du côté des états-majors internationaux des entreprises pharmaceutiques. "Les prix de production augmentent très vite en Belgique, en raison de l’indexation des salaires et du coût de l’énergie", poursuit Manu Ceyssens.

De mauvais signaux

Et puis, la Belgique envoie aussi, parfois, de mauvais signaux. "Nous pourrions comparer l’industrie pharmaceutique belge avec un pommier. Le gouvernement fait très bien son boulot en s’assurant que l’arbre est planté dans un beau verger et qu’on lui donne suffisamment d’engrais", évoque Janneke van der Kamp. "Par contre, lorsque les pommes sont prêtes à être cueillies et qu’il faut en vendre la production, la Belgique fait moins bien que d’autres pays européens."

"Il y a un fossé entre la volonté d’attirer des investisseurs en Belgique et l’attitude des autorités à l’égard de l’accès des patients aux nouveaux produits", comme le long processus de remboursement, poursuit Janneke van der Kamp, qui invite d’ailleurs les autorités belges à ne pas oublier que les autres pays se battent également pour attirer les investissements des sociétés pharmaceutiques.