Entreprise Envoyé spécial à Helsinki

A lors que le débat sur l’énergie nucléaire est loin d’être clos en Belgique, des pays européens ont décidé de redonner une nouvelle vie à l’atome comme source d’approvisionnement. C’est le cas notamment de la France, de l’Italie, du Royaume-Uni et de la Finlande. Le Forum nucléaire qui regroupe les sociétés et organismes actifs dans le secteur en Belgique a organisé récemment un voyage d’étude dans ce dernier pays où il a convié journalistes, parlementaires et représentants d’entreprises membres. "Il y a deux ans, nous avons organisé un voyage aux Etats-Unis sous le signe de la prolongation de la durée d’exploitation des centrales nucléaires. Cette fois, avec la renaissance du nucléaire en Europe, nous avons jugé bon de montrer la démarche d’un pays comme la Finlande, dont les caractéristiques énergétiques sont relativement proches de celles de la Belgique. Même si, ici, le parc nucléaire représente environ 25 % de ma production d’énergie contre 55 % en Belgique" , explique Robert Leclère, président du Forum nucléaire.

En Finlande, le sujet fait l’objet d’un large consensus en raison d’une approche pragmatique des dirigeants. "Nous sommes un pays grand consommateur d’énergie, mais nous avons un problème d’approvisionnement. Or les centrales nucléaires ont une bonne performance en la matière. De plus, nous avons une politique énergétique, pas une politique nucléaire, ce qui traduit une approche plus globale", dit Jorma Aurela, membre du cabinet du ministre finlandais de l’Economie et de l’Emploi.

Actuellement, le pays dispose d’un parc de quatre centrales nucléaires opérationnelles dont deux sont exploitées par la société Teollisuuden Voima (TVO) à Olkiluoto, dans l’est du pays. Regroupant notamment des industriels et des acteurs publics (municipalités), elle a décroché la licence de construction d’un 5e réacteur nucléaire qu’elle érige actuellement sur l’île d’Olkiluoto. Pour ce faire, elle a signé un contrat avec le consortium Areva/Siemens pour la livraison clé en main d’un EPR (technologie à eau pressurisée), une centrale nucléaire de la 3e génération. "C’est une technologie qui tire les leçons technico-économique des expériences précédentes de centrales nucléaires. Elle est plus puissante (1600 MW) et offre une plus grande garantie de sûreté. Par exemple, la structure externe a été renforcée par une double enceinte de mur en béton armé. En cas d’accident, rien ne peut sortir vers l’extérieur", explique l’ancien ministre belge, Jean-Pol Poncelet, aujourd’hui directeur du développement durable et du progrès continu d’Areva. TVO fonctionne comme une coopérative qui produit de l’énergie qu’elle livre à prix coûtant à ses actionnaires. Ceux-ci réalisent des bénéfices en vendant le surplus de leur consommation sur le marché à un prix plus élevé.

N’empêche que malgré la technologie avancée, le chantier a pris du retard (problème de qualité des produits des sous-traitants locaux, longueur des autorisations, impréparation d’Areva mise en cause par l’autorité finlandaise de sûreté nucléaire/STUK, etc.) Les deux partenaires (TVO, Areva) sont d’ailleurs impliqués dans une procédure d’arbitrage pour les départager à propos des pénalités. Areva a déjà provisionné 2,3 milliards d’euros à cet effet.

En attendant, sur le chantier, les ouvriers s’activent. "Plus de 3 000 personnes de 30 nationalités travaillent sur le chantier. Propreté, sécurité et sûreté sont les caractéristiques de ce réacteur de 3e génération. Une cuve est prévue pour recueillir l’uranium en fusion du cœur du réacteur en cas d’accident afin d’éviter toute propagation vers l’extérieur", dit Kathe Sarparanta, ingénieur et ex-responsable de la sécurité des installations nucléaires de TVO.

Pour les Finlandais, le recours à l’énergie nucléaire est une garantie pour la sécurité d’approvisionnement en énergie. Ils ont d’ailleurs décidé jeudi de délivrer deux nouveaux permis pour la construction de deux nouveaux réacteurs à TVO et Fennovoima (alliance d’industriels et E. on). Elle leur permettra aussi de réduire leurs émissions de CO2. Ils se sont aussi engagés à investir dans le renouvelable pour porter sa part dans la production d’énergie à 38% d’ici 2020.