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William D'Haeseleer et Pierre Klees, les président et vice-président de la Commission énergie 2030 ne se sont pas laissé démonter vendredi lors de la présentation du rapport préliminaire qui préconise le maintien de l'option nucléaire en Belgique malgré la loi qui prévoit la sortie progressive du nucléaire à partir de 2015.

Ils ont répondu, ainsi que le ministre fédéral de l'Energie Marc Verwilghen (VLD), à une série de critiques, dont notamment le manque d'indépendance du panel d'experts constituant la Commission. En dirigeant l'Energie-Instituut à la KUL en partie financé par Electrabel et SPE, William D'Haeseleer est particulièrement visé.

"Nous avons fait ce rapport sans a priori", a expliqué l'intéressé. "C'est vrai que tous les experts sont des énergéticiens", a précisé Pierre Klees. "Mais ce n'est pas parce qu'on est spécialisé dans cette matière qu'on n'est pas objectif."

Et de répondre à un argument des milieux environnementaux : d'après lui, il est faux de croire que la production d'électricité sera réduite de moitié par le simple fait des économies sur la consommation. Car pour cela, il faut non seulement former les architectes à des nouveaux modèles de construction, mais il faut aussi voir si les individus sont d'accord pour de tels changements.

Et puis, la Commission ne parle pas de changer la loi puisque celle-ci prévoit de maintenir le nucléaire "en cas de force majeure ou de difficultés", souligne Pierre Klees. "C'est aux producteurs et au gouvernement à décider économiquement quelles sont les unités qui continueront à être exploitées", ajoute-t-il.

William D'Haeseleer, lui, a battu en brèche les chiffres avancés notamment dans le rapport Tobback (ministre fédéral de l'Environnement) qui estime à 10 000 MW la possible capacité de production des éoliennes en mer. "Au-delà des 1 000 MW, il faudrait installer 4 lignes haute tension en Flandre orientale."

Les deux experts ont reconnu que certains membres non permanents, et en particulier, le professeur de climatologie Jean-Pascal van Ypersele, étaient en désaccord avec certaines conclusions. Ces remarques, qui se retrouvent sur le site de la Commission (www.ce2030.be), seront soumises aux organes qui seront consultés dans un deuxième temps. "On ne cache rien", a martelé William d'Haeseleer.

Energie solaire

Jean-Pascal van Ypersele conteste certaines hypothèses (notamment sur le coût des réductions d'émissions de CO2 en cas de sortie du nucléaire "à des niveaux artificiellement élevés").

Selon lui, trop peu d'attention est portée sur l'énergie solaire qui pourtant excède 8 700 fois notre consommation mondiale d'énergie primaire. D'importants efforts en recherche et développement seront nécessaires. "La contribution belge à cet effort pourrait être financée en partie par la taxation des bénéfices réalisés sur la vente d'électricité provenant de centrales nucléaires amorties", estime M. van Ypersele.

Johan Vande Lanotte, le président du SP.A, a été très sévère à l'égard de ce rapport qu'il a qualifié de "supercherie". Pour lui, cette étude écrite par des gens proches du lobby nucléaire vise à conforter les thèses du VLD et du CD&V.

Marc Verwilghen a, lui, souhaité que "le débat ne repose plus sur des émotions". Après consultation de différents panels (Commission européenne, régulateurs, Banque nationale, etc.), le rapport final devrait être transmis au ministre pour le 19 juin.