Entreprise

Le groupe italien Eni, qui avait déjà repris Distrigaz en 2008, a décidé de mettre les gros moyens pour racheter cette fois-ci les activités de Nuon en Belgique au Suédois Vattenfall. Il met en effet sur la table 157 millions d’euros, annonce un communiqué publié hier. Avec cette somme, il reprend les activités de fournitures (550 000 connexions d’électricité et de gaz, soit une part de marché de 6 et 7 %) ainsi que Nuon Wind Belgium (qui détient une capacité d’énergie renouvelable de 4,5MW) et Nuon Power Generation Walloon qui comprend un projet de production d’électricité TGV (turbine gaz vapeur) près de Seneffe.

En 2010, Nuon Belgium a réalisé un bénéfice opérationnel de 4,9 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 632 millions d’euros. Autrement dit, Eni paie quasiment 30 fois les bénéfices, un multiple largement supérieur aux ratios habituels. Un prix qui, selon nos informations, est aussi largement supérieur à celui avancé par les autres candidats dans la course, à savoir SPE-Luminus, Essent-RWE et Lampiris-Gimv. Eni avait déjà, rappelle-t-on, payé cher le rachat de Distrigaz à GDF Suez. Il est aussi vrai qu’il espère faire jouer les synergies avec la société Distrigaz via, notamment, la réaffectation d’une quantité de gaz qui était destinée à GDF Suez et sa filiale Electrabel.

Il faudra voir si ce rachat se traduira par des prix plus compétitifs sur le marché belge de l’énergie. "Il est encore trop tôt pour donner des indications sur la stratégie commerciale", précise Kathleen Van Boxelaer, porte-parole de Nuon Belgique. Pour cela, il faudra aussi connaître la marge de manœuvre en termes de prix, vu les contrats de gaz signés par Distrigaz avec différents pays producteurs.

Il est aussi trop tôt pour savoir si Nuon, qui avait notamment essayé d’attirer des clients par le porte-à-porte, va continuer dans cette voie-là. Une voie qui lui avait valu quelques ennuis au début du démarchage et qui n’empêche pas un certain "turn over" de la clientèle.

Autre incertitude : l’emploi. Le syndicat CGSP Gazelco craint que la reprise par Eni ait un impact au sein des services d’appui de Nuon tels que la comptabilité. L’entreprise compte 150 personnes.

Cette nouvelle acquisition confirme en tout cas que cela bouge sur le marché belge de l’énergie. En particulier dans le segment de la fourniture, qui s’est pas mal étoffé. A partir du 8 août prochain, il y aura un nouvel acteur, à savoir Eneco, qui proposera une énergie 100 % durable produite en Belgique.

D’aucuns se demandent aussi si l’arrivée de Grégoire Dallemagne, un homme de marketing plutôt qu’un ingénieur à la tête de SPE Luminus, augure un changement de stratégie de la filiale belge d’EDF.