Nyrstar passe à l’action

Patrick Van Campenhout Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi Analyse

Si la Belgique, non, l’économie belge se porte bien, pour le moment (les virgules ont de l’importance !), la zone euro reste secouée par les problèmes de gestion budgétaire de la Grèce. Et ces soubresauts ne sont pas du tout appréciés par les opérateurs financiers. Les ministres des Finances des pays membres ont beau se voir et se revoir, le sentiment des marchés reste à la plus grande défiance vis-à-vis des émissions obligataires grecques à long terme. Cette semaine, après une nouvelle dégradation de la note de la dette grecque par Standard&Poor’s, au rang de "junk bonds", on a vu les taux d’intérêt à long terme franchir allégrement la barre des 17 % sur les émissions à 10 ans. Une catastrophe à prévoir ? On peut imaginer le pire, mais ne pas sauver la Grèce aurait des conséquences comparables à celles du lâchage de Lehman Brothers en 2008, avec le risque d’un effet de dominos sur les autres pays fragiles de la zone euro, sans oublier les créanciers de la Grèce.

A ce niveau d’ailleurs, on a assisté cette semaine au déclenchement d’un premier effet collatéral, avec la perspective émise par les grandes agences de notation de revoir à la baisse la note des banques françaises lestées de papier grec. Et pas de petites banques, puisque l’on parle ici de BNP Paribas, de Société Générale et du Crédit Agricole. Autre effet de bord : Dexia qui a, outre une exposition à la dette grecque qui reste préoccupante, les reins bien moins solides que ces trois acteurs français de premier plan. Le titre a clairement dévissé en Bourse dès mercredi. A ceux qui en doutaient, le message est clair aussi : la crise financière amorcée en 2008 n’est toujours pas terminée.

On s’inquiète aussi, ces temps-ci, de la santé de l’économie mondiale, en tout cas de celle des pays dits "développés" par opposition aux pays émergents. Mais, à l’occasion de la présentation des perspectives économiques belges par le nouveau gouverneur de la Banque nationale, Luc Coene, on a pu voir que ces jeunes économies galopent, alors que les Etats-Unis comme l’Europe peinent à retrouver les niveaux de croissance d’avant la crise. Et la Belgique ? Son bulletin de santé 2011 est bon, mais il est plus délicat pour 2012, où, faute de décisions structurelles, il ne faut pas s’attendre à une poursuite de la croissance du PIB au-delà de 2,2 %. Luc Coene craint, notamment, un effet de second tour lié à l’impact de l’indexation des prix et salaires, qui entamerait la compétitivité de nos entreprises tournées vers l’exportation. Cela étant, conscient du message politique véhiculé par l’évocation de l’indexation de salaires, Luc Coene a rappelé que les salaires ne sont pas les seuls éléments indexables en Belgique, et que seule une étude approfondie, en cours à la BNB, permettrait de voir plus clair dans ce problème, s’il devait survenir. Et de rappeler au passage que l’essentiel de l’inflation constatée chez nous est d’origine extérieure. Notamment en raison de la hausse des prix de l’énergie. Or, ces prix n’ont pas encore atteint leurs niveaux d’avant la crise.

C’est cette perspective de rattrapage qui est en partie à la base de l’accueil chaleureux du marché boursier belge de l’annonce par Nyrstar, cette semaine, de l’offre d’achat lancée sur le groupe canadien Breakwater qui recouvre des installations minières dans le secteur du zinc. L’appréciation attendue du prix de cette matière première, utilisée notamment dans le traitement des métaux et dans l’automobile, est un des éléments d’appréciation qui ont poussé Nyrstar, l’ancienne division zinc de l’Union minière, à débourser 442 millions d’euros. Cette opération n’est pas une surprise puisque les fonds nécessaires avaient été levés précédemment au cours d’une augmentation de capital importante par rapport à la taille de Nyrstar. D’où vient alors l’enthousiasme des investisseurs ? Le prix payé pour l’ensemble minier n’est pas très élevé, à trois fois le revenu courant, et surtout, l’entreprise est en activité et génère déjà les revenus attendus. Reste maintenant à espérer qu’aucun autre acteur du marché ne vienne troubler ces noces.

On le voit, de grandes opérations sont encore envisagées, ce qui prouve que la morosité liée au blocage politique européen sur le sauvetage de la Grèce et de l’euro n’est pas partagée par les capitaines d’industrie. Les places boursières européennes - qui sont pratiquement revenues à leur point de départ suite aux dérapages de ces dernières semaines - recèlent donc un potentiel de reprise sans que l’on puisse l’assortir d’un calendrier précis. Mais c’est là une caractéristique des marchés boursiers. En l’occurrence, ce potentiel ne devrait pas être handicapé par la politique monétaire dans la zone euro. Même si on s’attend maintenant avec un très haut degré de certitude à une remontée du taux de référence de la BCE en juillet, avec 25 points de base annoncés, la politique monétaire reste des plus accommodantes. Luc Coene a aussi insisté sur ce fait : le taux d’inflation en Belgique mais aussi dans le reste de la zone euro reste bien supérieur aux taux d’intérêt de la BCE. Un élément conforté encore jeudi par l’annonce d’un léger recul du niveau des prix dans la zone euro pour le mois écoulé.

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