Entreprise Correspondate aux États-Unis

Pendant sa campagne électorale, Barack Obama n’avait pas caché qu’élu, il s’intéresserait au nucléaire "dans le cadre d’une politique énergétique variée". Il vient de donner suite à cette promesse. Mardi, le président américain a annoncé que son administration s’engage à garantir des prêts à hauteur de 8 milliards de dollars (5,8 milliards d’euros) pour la construction de deux nouveaux réacteurs en Géorgie, dans le sud-est du pays. C’est la première fois en trente ans, depuis le grave accident survenu à la centrale de Three Mile Island en Pennsylvanie en 1979, que de nouvelles centrales vont voir le jour aux Etats-Unis.

"Nous devons construire une nouvelle génération de centrales nucléaires sûres et propres aux Etats-Unis", a lancé le président, en visite dans un centre de formation aux métiers de l’énergie. "Pour faire face à nos besoins énergétiques et pour prévenir les pires conséquences du changement climatique, nous devons augmenter la production nucléaire. C’est aussi simple que ça". Or, le président américain est bien conscient des tensions autour de la question du nucléaire. Sa décision, qui s’appuie sur une loi de 2005, promulguée par George W. Bush, est d’ailleurs largement perçue comme un geste politique envers les Républicains. "Je sais qu’il a longtemps été admis que les défenseurs de l’environnement sont opposés au nucléaire", a souligné M. Obama en présentant l’initiative, "mais nous ne pouvons pas accepter que nos désaccords nous empêchent de faire des progrès". Son argument: "Même si nous n’avons pas bâti une nouvelle centrale nucléaire en presque 30 ans, l’énergie nucléaire est notre principale source d’énergie qui ne produit pas d’émission de carbone".

En échange, Barack Obama espère la coopération des Républicains sur son projet de "cap-and-trade" et de taxe carbone. Son projet de loi sur le changement climatique est actuellement bloqué au Sénat. "Vu la profondeur du fossé idéologique sur le changement climatique, l’administration ne peut pas se permettre d’ignorer les quelques occasions de rapprochement à travers des initiatives bipartisanes qui peuvent générer des mégawatts d’énergie sûre et propre", affirme Samuel Thernstrom, de l’American Enterprise Institute, un centre de recherche en politique conservateur.

Carl Pope, directeur du Sierra Club, une organisation de défense de l’environnement, ne l’entend pas de cette oreille. "Les prêts garantis vont peut-être faciliter les négociations autour de l’énergie propre et la législation sur le climat, mais je ne crois pas que ce soit la meilleure manière de faire". Reconnaissant que l’énergie nucléaire a de "graves inconvénients", en particulier les déchets qu’elle produit, Barack Obama a souligné la nécessité pour le pays de diversifier ses sources d’approvisionnement.

Le pays compte aujourd’hui 104 centrales nucléaires en fonctionnement, mais la plus récente, celle de Seebrook, dans le New Hampshire (nord-est), a été commandée en 1977 et est entrée en service en 1990. Tous ces réacteurs ne fournissent aujourd’hui que 20 % des besoins en électricité du pays. Le reste est assuré par le charbon, le gaz naturel, le pétrole et les énergies renouvelables, surtout l’hydroélectricité.

Les opposants au nucléaire arguent que le gouvernement ne devrait pas soutenir les nouveaux projets de réacteurs tant qu’il n’a pas trouvé une solution pour la gestion des déchets radioactifs. Actuellement, 70 000 tonnes de ces déchets sont entreposés aux Etats-Unis sur plus de 100 sites nucléaires et 2000 tonnes sont ajoutées tous les jours.