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Décidément, l'«affaire Suez» pourrait réserver encore quelques surprises de taille. Lundi, le quotidien économique français «La Tribune» affirmait que le groupe italien Enel serait en train de mettre sur pied un financement de 45 à 50 milliards d'euros afin de lancer une offre publique d'achat (OPA) sur le groupe français. Ce qui valoriserait l'action Suez à un peu moins de 40 euros.

Le quotidien italien «La Repubblica» va dans le même sens, affirmant qu'un projet d'OPA comprenant les engagements des banques est prêt et peut être activé dès que nécessaire.

Soutien implicite

Selon «La Tribune», le montage financer pourrait faire intervenir les banques UniCredito, Banca Intesa, Mediobanca, Capitalia, Sanpaolo-IMI, Monte Paschi di Siena ainsi que Credit Suisse, Deutsche Bank, Dresdner Bank et UBS.

La Banca Intesa a d'ailleurs fait part lundi de son soutien implicite à des initiatives d'Enel. «Nous serons proches d'Enel pour toutes les initiatives industrielles sages», a dit l'administrateur délégué de la banque, Corrado Passera.

Le groupe bancaire suisse UBS a, lui, réagi à l'information en affirmant ne pas être impliqué dans le financement d'une éventuelle contre-offre d'Enel.

Du côté d'Enel, la réaction était laconique. On n'a «aucune information nouvelle à signaler», a-t-il indiqué. Le mutisme était également de rigueur chez Gaz de France (GDF) et Suez.

Modalités d'échange

Peut-être aura-t-on plus d'informations à l'issue du conseil d'administration d'Enel prévu ce mercredi. Quoique, selon certaines sources, ce conseil pourrait ne pas être décisif.

Autre rendez-vous possible: Enel présentera le 23 mars son plan stratégique triennal aux analystes à Londres.

Ou alors, le groupe italien pourrait attendre la décision de la Commission européenne avant de se décider. Selon «La Tribune», il aurait décidé de lancer une contre-offensive dès que Bruxelles se sera prononcé sur la fusion Suez-GDF.

La Commission européenne a envoyé à la France une lettre demandant des explications, avant le 17 mars, sur la chronologie de la fusion. L'Italie soupçonne la France d'avoir précipité cette fusion pour éviter une OPA d'Enel sur Suez.

En attendant, ces nouvelles informations ont relancé la spéculation sur les marchés. L'action Suez est remontée hier de 5,12pc à 32,65 euros. «Ce qui est sûr, c'est que Suez vaut plus que le cours actuel, si effectivement une contre-offre s'organise et qu'un prétendant sort du bois, on peut attendre quelque chose de bien supérieur au cours actuel», commente Julien Picard, analyste chez Fideuram Wargny, qui avait jusqu'ici un objectif de cours de 34 euros pour Suez.

D'autres analystes n'excluent pas que les modalités d'échange dans le cadre de la fusion Suez-GDF doivent être revues. «L'Etat français va devoir trouver quelque chose pour montrer aux actionnaires de Suez qu'ils ne seront pas lésés», déclarait hier un analyste parisien.

L'opinion publique, elle, réagit différemment. Deux Français sur trois estiment que la fusion entre Suez et GDF pour contrer une OPA d'Enel est une «bonne chose», selon un sondage publié lundi par «Le Figaro».

© La Libre Belgique 2006