Entreprise

Ce lundi, le conseil d'administration des Editions de L'Avenir devrait se séparer de l'administrateur délégué du groupe de presse, Eric Schonbrodt. Les relations entre Eric Schonbrodt et les actionnaires ne sont pas au beau fixe depuis des mois. "Son départ ne nous surprendrait pas, mais nous n'avons encore reçu aucune confirmation", explique Philippe Leruth de la Société des journalistes de L'Avenir. C’est Jos Donvil, actuel patron de VOO (la branche télécom de Nethys), qui devrait lui succéder selon plusieurs sources.

Lors de ce conseil d’administration, un autre dossier sera déposé sur la table, celui du choix de la future imprimerie des titres L'Avenir. Une question plus sensible qu’il n’y paraît. Deux hypothèses existent : la société carolo Europrinter ou le groupe Rossel, dont l'imprimerie se trouve à Nivelles. Les délégués (CNE et SETCa) du personnel et de la rédaction (AJP et Société des Journalistes) des Editions de l’Avenir ne cachent plus leurs inquiétudes et affichent leur préférence pour Europrinter qui, selon eux "offre les conditions particulières et des garanties financières". Ce choix permettrait aussi de maintenir l’actuel format du quotidien régional.

"Inadmissible" pour le MR

Plus significatif encore, les représentants du personnel dénoncent un risque de concentration de la presse francophone dans un même groupe : "Confier au centre d'impression du groupe Rossel l'impression des journaux du groupe revient par ailleurs à placer nos quotidiens sous le contrôle complet de leur principal concurrent, ce qui affaiblira nécessairement leur position concurrentielle. L'impression de nos journaux au centre d'impression du groupe Rossel signifierait enfin, et surtout, la fusion inéluctable, à terme des Éditions de l'Avenir et du groupe Sud-Presse. C'est-à-dire non seulement la fusion de deux groupes de presse dont les pratiques journalistiques diffèrent fondamentalement, mais aussi, et surtout, sous réserve de l'approbation, très difficile à imaginer, du conseil de la concurrence, une atteinte grave au pluralisme de la presse et à la pluralité des opinions en Wallonie". Ces mots ont été adressés à Pol Heyse, le président du conseil d'administration des Editions de L'Avenir, dans une lettre envoyée ce dimanche.

Pol Heyse qui a réagi ce dimanche soir, consterné "de constater que des décisions économiques au sein d’une entreprise se retrouvent ainsi étalées sur la place publique". Le Président précise également que "Eric Schonbrodt a demandé à quitter l’entreprise et un accord dans ce sens a été trouvé avec lui".

Martine Simonis, secrétaire générale de l’Association des Journalistes professionnels, partage pleinement l’inquiétude qu’une telle concentration pourrait préfigurer dans le paysage de la presse francophone belge. Le monde politique embraie.

Le président du MR, Olivier Chastel, affirme à La Libre n'être aucunement informé que de telles décisions puissent être prises ce lundi. Selon Dimitri Fourny, le chef du groupe CDH au Parlement wallon, le point sur le choix de l'imprimerie ne figure pas à l’ordre du jour du CA des Editions de L’Avenir, ce lundi.

M. Chastel estime que si un tel rapprochement devait avoir lieu, ce serait “particulièrement malvenu”, et ce, pour deux raisons. D'une part, "stratégiquement, il n'est pas concevable de prendre une telle option pour l'imprimerie alors qu'une réflexion est en cours pour rapprocher l'Avenir avec un autre média". D'autre part, "il est inadmissible qu'une telle décision intervienne alors que les pouvoirs viennent d'être transférés vers le CA de Nethys. De telles décisions ne peuvent donc pas, à mes yeux, être prises ce lundi."

Réaffirmer l’indépendance de la presse

Pour Ecolo, une telle décision, qui préfigurerait immanquablement un rapprochement plus large avec le groupe Rossel, est "un choix d'une haute importance stratégique pour l'avenir du journal. Il apparaît insensé qu'une telle orientation puisse être prise sans concertation avec ceux et celles qui font le journal au quotidien. Il n'est pas non plus compréhensible qu'une telle décision, qui engage à ce point l'Avenir, puisse être adoptée par le management sortant de Nethys sans en référer aux actionnaires."Les groupes ont affirmé, au Parlement de Wallonie, l'importance de préserver le pluralisme et la diversité la plus large des titres de presse en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ecolo en appelle donc aux présidents des fédérations liégeoises du PS, du MR et du CDH, autant qu'aux Gouvernements, "pour qu'ils utilisent leur pouvoir et leur influence afin de faire obstacle à cette possible fuite en avant unilatérale".

“Je souhaite qu’on ait un débat, mercredi, lors de la séance plénière du Parlement wallon, pour réaffirmer l’indépendance de la presse et pour faire le point sur l’évolution du dossier des Editions de L’Avenir”, termine le député CDH Dimitri Fourny. “Pour nous, l’adossement à Rossel n’est pas une voie admissible dans le paysage médiatique actuel. Nous plaidons pour qu’une opération de portage temporaire via la SRIW (Société régionale d'investissement de Wallonie) puisse s’opérer afin d’assurer l’indépendance du groupe L’Avenir.”


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