Entreprise

ANALYSE

Bien malheureusement, les jours se suivent... et se ressemblent. Une fois de plus, la lourdeur conjoncturelle et surtout la menace d'une guerre en Irak tétanisent les investisseurs, qui n'engagent leurs capitaux que du bout des doigts. Ainsi, le Bel 20 est descendu cette semaine à son niveau le plus bas de l'année - 1578,5 points jeudi - et vaut bien moins que la moitié de son record de 3681,92 points, qui date du 6 janvier 1999!

On a eu droit à une nouvelle douche froide avec l'annonce par France Télécom d'une perte record de 21 milliards d'euros et par Vivendi Universal de 23,3 milliards!

La perte nette de 863 millions d'euros de Suez n'est heureusement pas comparable à celles-là. Elle n'en est pas moins de nature à entretenir les craintes des investisseurs, déjà échaudés par une série de désillusions dont la multiplicité décourage les plus tenaces d'entre eux. Et cela d'autant plus que la glissade des cours de Bourse affecte gravement les groupes disposant d'un important portefeuille d'actions. Il était donc fatal que Fortis cède encore du terrain. Sa participation dépréciée dans le géant néerlandais Ahold l'affecte d'autant plus.

ÉCRAN PROTECTEUR

Il est heureux que quelques mouvements imprévus et l'un ou l'autre résultat satisfaisant, certes incapables d'inverser la tendance, viennent tout de même ralentir la descente aux enfers. On a ainsi assisté, en l'espace de quelques séances, au doublement de la cotation de Kinepolis. Une hausse d'autant plus incompréhensible que, d'après ses dirigeants, aucune annonce capable de faire flamber son cours n'est à son programme. D'après la rumeur, un investisseur anglo-saxon aurait acheté de grosses quantités de titres Kinepolis. Après une hausse d'une telle ampleur, ceux-ci ont été soumis à un afflux de prises de bénéfice, avant de reprendre leur marche en avant. Ce qui évidemment entretient la rumeur.

C'est également avec satisfaction qu'on apprend le retour à l'ère des bénéfices chez Agfa Gevaert et la révision positive faite par KBC Securities à l'égard d'UCB. Elle estime que le marché a exagéré le risque sur le médicament Zyrtec. Puilaetco maintient son avis «à conserver», mais a réduit son objectif de cours pour UCB, en raison du ralentissement de la croissance attendue.

Econocom, de son côté, confirme ses prévisions antérieures. Le résultat courant avant goodwill progresse de 10 pc et le résultat net de 4 pc. D'après Degroof, ce groupe centré sur l'informatique a de bons fondamentaux et sa marge d'exploitation, quoique faible, reste stable. On notera, en outre, que les ventes et le bénéfice par action devraient hausser en 2003.

À MARÉE HAUTE

Même s'il est très sensible aux évolutions de la conjoncture, le transport maritime maintient une activité assez satisfaisante. En 2002, la CMB est ainsi encore parvenue à dégager un résultat positif, tout de même en recul de plus de 40 pc, le repli étant surtout important au second semestre. Ses perspectives de résultat se révèlent cependant nettement meilleures suite à la vente des 20 pc d'actions que le groupe détenait encore dans Hesse-Noord Natie. Elle en avait déjà vendu 40 pc. La vente de cette dernière tranche s'est faite au prix de 121 millions d'euros, dégageant une plus-value de 54 millions.

Cette nouvelle a été d'autant mieux accueillie qu'elle intervient peu après l'annonce par le groupe de la mise en place d'une nouvelle structure. Celle-ci implique pour l'essentiel la création d'une société distincte pour ses activités de transport de gaz liquéfié (Exmar), qui se développent considérablement et requièrent le soutien d'investisseurs spécialisés. La nouvelle société fera l'objet d'une cotation distincte à la Bourse Euronext Bruxelles. Les divisions Euronav (pétrole brut) et Bocimar (vrac sec) restent logées au sein de CMB.

CAP MAINTENU

Peu de groupes oeuvrant dans le secteur financier peuvent se targuer de sortir à peu près indemnes de la crise qui les affecte. KBC fait donc nettement mieux que bon nombre de ses confrères, en dégageant un bénéfice net consolidé en hausse de 1 pc et en offrant à ses actionnaires un dividende en progrès. Cela ne s'est pourtant pas fait sans mal. Le groupe y est parvenu grâce à «une progression des revenus d'intérêts et des plus-values sur obligations de la banque, ainsi qu'un gonflement des encaissements de primes des produits vie et assurance dommages». Il ne faut pourtant pas se réjouir à l'excès. La réduction de la part des obligations dans son portefeuille l'expose davantage aux variations boursières. KBC a également subi un sérieux revers en Pologne et son entrée dans la banque croate Kvarner prend du retard. Le groupe est néanmoins bien décidé à poursuivre son expansion en Europe centrale, mais revoit à la baisse ses objectifs financiers à long terme, eu égard au climat économique et boursier décevant.

La société gantoise de biotechnologie Innogenetics n'est pas encore sortie de l'auberge. Elle table néanmoins sur un avenir meilleur, mais seulement à l'horizon 2005. Parmi les évolutions positives: la vente de produits a augmenté de 16 pc à 47,6 millions et son pôle diagnostics dégage un bénéfice d'exploitation de 1,3 million. Par contre, les revenus de royalties et les droits de licence ont reculé. La perte opérationnelle est passée de 12 à 16,4 millions d'euros à cause d'une majoration de 20 pc de son budget de recherche et développement, qui atteint 28,7 millions.

Ce type de dépense constitue tout de même un gage de progrès pour le futur. Il faudra pourtant patienter encore. Innogenetics estime, en effet, que l'équilibre financier interviendra en 2005: «en principe», ajoutent tout de même ses dirigeants.

© La Libre Belgique 2003