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Si les opérateurs GSM entament les grandes manœuvres pour passer à terme à la technologie "4G", soit le LTE (Long Term Evolution), c’est qu’il y a des raisons économiques de le faire. Mais, selon Luc Jacobs (consultant indépendant chez MCE qui a, notamment, travaillé à l’implantation en Europe des réseaux 3G pour Nokia), il s’agit d’un marché dont il est toujours difficile d’évaluer correctement la demande potentielle et donc le rendement des investissements consentis.

Cela étant, cet ingénieur, passionné de télécoms, estime qu’il y a des raisons économiques à ce nouveau déploiement, qui rejoignent les contingences techniques. Compliqué? "Non, en réalité, les opérateurs vont devoir passer à ce que j’appelle les "télécoms 2.0". Aujourd’hui, ils se battent sur le terrain du volume des données à transmettre, mais pour rester rentables, ils vont devoir réussir à aller vers une économie de services." On est ici dans des concepts de type "nouvelle économie" ? "Oui, on voit aujourd’hui que dans ce segment économique, ce qui fonctionne est axé sur une autre approche que l’offre technologique. Google est un excellent exemple : il développe des services sur base de ce que les gens veulent ou ce dont ils ont besoin." On va donc aller vers des offres de services innovantes ? "Je pense que l’on va de plus en plus aller vers des offres de services en ligne, basées sur un nouvel écosystème, des supermarchés d’applications en ligne." Qui nécessitent un accès rapide et fluide ? "Oui, à l’exemple d’Apple qui vend de la musique, des films, des livres ou des applications par l’intermédiaire d’iTunes. On parle du modèle "ASP", pour "Application Service Provider", qui va de la facturation en ligne sur mesure, ou de la traduction en ligne Les acteurs du monde des réseaux veulent aussi aller vers un modèle où l’on passe du téléphone à l’ordinateur de manière totalement transparente. On le voit notamment avec le lancement quasi simultané du logiciel d’exploitation Windows 7 pour les ordinateurs, et de sa version mobile pour les smartphones."

Tout cela est déjà possible aujourd’hui pourtant ? "Oui, mais il y a des barrières dont la principale est le coût du trafic qui a de quoi refroidir les utilisateurs. Voyez la problématique du roaming (utilisation des réseaux télécoms mobiles depuis l’étranger) qui a touché les utilisateurs de GSM pour la voix, puis plus récemment pour les données. Maintenant, on est passé aux clés USB 3G qui permettent l’accès Internet n’importe où. On vient de réguler ces offres en raison du risque d’explosion des factures télécoms quand les utilisateurs partent en vacances à l’étranger."

Mais c’est du côté des opérateurs que l’on gère la politique des prix ! "Oui, c’est là qu’on en vient aux contraintes techniques. Lorsqu’on est passé à la technologie 3G, on s’est basé sur les estimations du moment, comme l’explosion des téléconférences. Mais il n’y a pas eu d’explosion, et on s’est retrouvé avec des conduites 3G sous-utilisées. Les opérateurs se sont alors tournés vers une autre stratégie en ouvrant la porte au "mobile brodband", soit l’accès Internet mobile par téléphone ou PC. Et là, on a assisté à une véritable explosion ces deux dernières années et à un remplissage quelquefois excessif de ces conduites. Les opérateurs auraient pu, comme ils l’ont fait dans le passé, réguler la consommation de bande passante en maintenant les prix suffisamment haut. Mais il y a eu une guerre des prix - qui est toujours en cours, on a offert des clés USB 3G, et finalement, les opérateurs sont en quelque sorte victimes du succès du mobile broaband." Et ils sont donc forcés aujourd’hui de procéder à des investissements importants pour disposer de plus de vitesse d’accès et plus de volume ? "Oui, mais pour que ce soit rentable, il leur faudra passer par une offre de services, parce que certains postes de revenus, comme la voix, vont fondre. On l’a vu tout récemment avec l’accord conclu par Skype aux Etats-Unis, qui permet aux utilisateurs de smartphones de téléphoner gratuitement en passant par le réseau de données mobiles de Verizon."