Entreprise

portrait

Est-ce son indépendance d’esprit ou son bes oin de liberté ? Toujours est-il que, plutôt que d’intégrer un grand cabinet d’avocats, Mischaël Modrikamen a choisi de fonder le sien, en 1993. Un cabinet de petite taille, à ambiance amicale, dans les locaux très cosy de Boitsfort, auquel participent Yasmine Dehaene (son épouse, aussi cousine de l’ancien Premier ministre), Olivier Bonhivers (le "bras droit"), Cyrille Barette et Laurent Arnauts (connu pour l’affaire Benaïssa). Petit, mais qui s’est rapidement fait connaître, parfois de manière spectaculaire. Et souvent en fédérant des groupes de personnes, d’actionnaires.

Cela avait déjà été le cas dans les années 90 - il n’avait pas 32 ans - par exemple pour les dossiers "Confederation Life" (Me Modrikamen avait obtenu la condamnation de la CGER à indemniser les obligataires de cette société canadienne faillie) et Cera (en parallèle avec Deminor, déjà, il s’était victorieusement insurgé contre les modalités de la création du groupe KBC au détriment de coopérateurs de Cera, qui avaient du coup récupéré plus de 100 milliards d’anciens francs).

Il y eut aussi Electrabel (OPA de Suez), PetroFina, etc. Et on sait toute la combativité mise par Me Modrikamen dans le dossier Fortis

Pourtant, sa voix est douce. Certes, il peut parler avec vigueur et dureté. Mais elle est lissée, policée, même. Le verbe est toujours précis et si ses contempteurs disent que sa façon raffinée de s’exprimer est surtout maniérée, elle ne l’est sans doute pas : cela lui semble tout simplement naturel.

On s’en doute : les méthodes que cet individualiste qui s’accepte comme tel met professionnellement en œuvre peuvent être rudes et déranger. Il aime à dire qu’il n’y a pas de vache sacrée et qu’aucune citadelle n’est a priori inexpugnable. "On peut gagner, on peut perdre, mais il faut essayer. Voilà son leitmotiv", disent ceux qui le connaissent. Et, à l’âge de 43 ans, il n’a rien perdu de son mordant.

D’autres le trouvent "excessif, car il est prêt à tout pour se mettre en avant. C’est bien de défendre ses clients, mais pas de les entraîner dans une cause perdue". A ceux-là, Modrikamen a déjà répondu : "L’avocat n’est-il pas le contre-pouvoir ultime ?" Alors

Il est vrai que les télés et Internet ne sont pour lui que deux des cordes de son arc médiatique - il ne le nie pas. Vrai, aussi, qu’il semble aller comme avec plaisir contre les opinions dominantes. Plaisir qu’il recherche aussi dans son travail.

Son modèle ? Winston Churchill, un "homme décidé mais qui savait vivre" . D’ailleurs, qui sait ?, les sirènes de la politique pourraient un jour l’attirer dans l’arène, admet-il. A condition d’y rester libre