Entreprise

La Belgique, c'est bien connu, compte moins de grandes multinationales que des pays comparables comme les Pays-Bas, la Finlande, la Suède ou la Suisse. En Belgique, on se demande en effet où se sont les Shell, Nokia, Volvo et autres Nestlé qui font la fierté de nos voisins. Pourquoi la Belgique n'est-elle pas capable de produire des entreprises de format mondial? Que faire pour stimuler le potentiel de croissance des entreprises belges? Pour y voir plus clair, la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) a demandé au consultant Bain & Company de plancher sur la question. Les conclusions de cette étude serviront, le 13 juin prochain, à alimenter les réflexions du Forum de l'Entreprise, organisé par la FEB, et dont le thème sera cette année «Belgique, terre d'entreprises un modèle européen?».

Bain & Company a sondé 1.000 dirigeants d'entreprises belges. Sans grande originalité, ceux-ci estiment que le coût élevé du travail et une fiscalité trop lourde sont les deux principaux obstacles à la croissance de leurs entreprises. Un air de déjà entendu «Les patrons devraient balayer devant leurs portes et regarder ce qui se passe au sein de leurs propres entreprises plutôt que de se contenter de se plaindre auprès de nos autorités, certes à juste titre, de facteurs externes comme la fiscalité ou le coût du travail qui sont également élevés dans des pays comme la Finlande, la Suède ou la Suisse», explique Gui de Vaucleroy, président de la FEB. Voilà pour le message.

En ce qui concerne les facteurs de stimulation de la croissance, Philippe De Backer, consultant chez Bain & Company, en pointe trois: l'audace, le talent et les moyens. L'audace, c'est la capacité d'un management de prendre des risques (calculés!) et partir à la conquête de nouveaux marchés. L'étude révèle que les entreprises qui disent vouloir croître fortement sont proportionnellement plus nombreuses à être dirigées par la génération fondatrice ou par des managers externes. Le dynamisme semble donc s'amenuiser au fil des générations. Et trop souvent encore, les patrons belges ne misent que sur leur propre marché national: 75 pc des entreprises sondées n'ont pas réalisé ou ont réalisé une seule acquisition au cours des 5 dernières années.

Le talent est évidemment à la base de l'innovation, moteur de la croissance. L'étude souligne que près de la moitié d'entre elles réalise déjà plus de 30 pc du chiffre d'affaires grâce à de nouveaux produits et services. Mais globalement, la Belgique reste encore à la traîne en matière de R&D.

Enfin, en ce qui concerne les moyens, l'étude révèle que 70 pc des entreprises belges sont encore réticentes face aux investisseurs externes, de peur de perdre le contrôle. La prédominance en Belgique du modèle de l'actionnaire de référence (via des actionnaires familiaux ou des holdings) explique en grande partie ce chiffre.

En conclusion, Bain & Company souligne que 14 pc des entreprises belges parviennent à combiner audace, talent et moyens. Et 30 pc d'entre elles ont deux des trois atouts indispensables pour croître. Au total, la voie de la croissance est possible pour une entreprise belge sur deux. La bouteille est donc à moitié pleine ou à moitié vide.

© La Libre Belgique 2001