Entreprise

Le problème n'est pas neuf, mais il se pose avec davantage d'acuité comme l'ont relevé mardi nos confrères du "Soir" et de la "Dernière Heure". Les compagnies aériennes belges sont de plus en plus confrontées à un exode de leurs pilotes, attirés par les sirènes d'autres opérateurs. "C'est une tendance amorcée depuis début 2006 et elle ne touche pas que les compagnies belges. Elle résulte d'une modification totale du marché de l'emploi au niveau mondial en raison de la croissance du trafic aérien. Des compagnies en Chine, en Inde et dans le Golfe ont commandé des avions et ont besoin de pilotes. Elles n'ont pas d'autres moyens pour attirer les pilotes que les conditions matérielles plus avantageuses (maisons, billets de retour en Europe, etc.) et des salaires élevés" , explique Pierre Ghyoot, secrétaire général de la Belgian cockpit association (BeCA), l'association belge des pilotes. Brussels Airlines semble être la plus touchée par la désaffection des pilotes.

Ambiance détestable

Selon certaines sources, 55 pilotes auraient quitté la compagnie aérienne belge sur un total de 410 dont 13 commandants de bord depuis le début de l'année. "C'est vrai que nous affichons un taux de rotation (nombre des départs) de 10 pc, soit le double de ce qu'on rencontre dans une compagnie de la même taille que nous. Mais le chiffre avancé vaut pour environ 18 mois", précise Thierry Van Eyll, porte-parole de la compagnie née du rapprochement de SN Brussels Airlines et Virgin Express. Selon lui, le système fiscal belge qui enlève une grande partie du salaire brut des pilotes défavorise les compagnies belges. Le fisc belge prendrait plus de 45 pc du salaire brut des pilotes, alors qu'en Irlande (patrie de Ryanair), en France (Air France) ou encore en Angleterre, la ponction est respectivement de 6-7 pc, 32 pc ou 18 pc.

Par ailleurs, d'après Thierry Van Eyll, la qualité de la formation des pilotes belges, leur bonne connaissance des langues et leur expérience expliquent les moyens déployés par les compagnies étrangères pour s'offrir leurs services. Mais l'ambiance détestable au sein de la compagnie aérienne belge et notamment entre le management et les pilotes expliquerait aussi l'exode qui frappe davantage Brussels Airlines. "On a tout fait pour démolir la passion chez les pilotes depuis la faillite de la Sabena", note Pierre Ghyoot.

Du regret dans l'air

Outre les compagnies chinoises et celles du Golfe persique, Ryanair, EasyJet, Air France ou encore Netjets viennent piquer des pilotes belges. La situation est telle que des pilotes suggèrent aux compagnies belges d'aller se faire enregistrer sous d'autres cieux au régime fiscal plus avantageux tout en opérant en Belgique. "Il n'y a pas une seule compagnie au monde qui n'est pas touchée par le phénomène de débauchage des pilotes. TNT affiche un taux de rotation de 8 pc, ce qui est normal pour une compagnie de notre taille. Il y a une abondance de jeunes pilotes, mais peu de pilotes expérimentés sur le marché de l'emploi. Il y a certes le système fiscal belge qui nous pénalise, mais les pilotes risquent de regretter leur choix plus tard. Car le régime belge est hyperprotecteur, ce qui n'est pas le cas des autres systèmes", rétorque Niky Terzakis, directeur général de TNT Airways.

Il pilote aussi le réseau aérien mondial du leader du leader de courrier express, donc il sait prendre de la hauteur pour analyser la situation. TNT Airways a une flotte de 32 appareils sous pavillon belge, opérés par 300 pilotes. La compagnie dit être à la recherche de 50 à 60 pilotes d'ici la fin de l'année et d'ici 2011, elle devrait accroître sa flotte de 9 à 10 appareils supplémentaires. Mais Niky Terzakis dit s'attendre à une dépression future dans la demande de pilotes.