Entreprise

La chocolaterie wallonne Galler va ouvrir sous peu six nouveaux magasins dans les pays du Golfe et en Arabie saoudite, et va terminer l'année 2006 avec une croissance exceptionnelle de 20 pc, a appris "La Libre Belgique".

Galler est en pleine expansion depuis la prise de participation, cette année, par deux membres de la famille royale du Qatar et par d'autres investisseurs (Liban et Royaume-Uni) d'un tiers des actions de cette société familiale fondée en 1976.

"Cela nous ouvre des portes", se réjouit Jean Galler, le patron de l'entreprise de Chaudfontaine (Vaux-sous-Chèvremont). "Pendant trois ans, nous avons tenté sans succès d'avoir un rendez-vous chez Harrods à Londres. C'est chose faite, et nous avons pu parler pendant une demi-heure à Mohamed Al-Fayed", le propriétaire du grand magasin.

Après cette entrevue, la PME belge a obtenu de pouvoir vendre ses produits à l'un des "corners" du célèbre magasin et d'y gérer un salon de thé de cent places.

L'intermédiaire libanais

L'homme qui ouvre les portes avec autant de facilité est un Libanais qui a étudié en Belgique, Rabih Sabbagh. Quittant la Belgique en 1986, il avait emporté avec lui, dans ses valises et pour sa famille, quelques produits belges, dont du chocolat Galler.

En 2000, le directeur financier de la PME wallonne a repris contact avec lui pour tenter de le convaincre d'aider Galler. La société battait de l'aile. La Région wallonne avait investi pour sauver les meubles, de même que Meusinvest, Ethias et quelques amis de la famille. "Nous cherchions un partenaire fort", dit Jean Galler, Manager de l'année en 1994. "Nous voulions une solution à long terme et que les gens qui m'avaient aidé puissent faire place à des actionnaires stables".

Le montage financier a été dénoué cette année. La famille Galler garde 52 pc des parts, les cadres de l'entreprise ont acquis 15 pc et les investisseurs du Moyen-Orient ont racheté les 33 pc restants. Deux membres de la famille royale qatarie s'y retrouvent, Cheikh Sultan et Cheikh Mohamed.

La PME liégeoise est déjà rodée à l'exportation, notamment vers le Japon. Mais cet investissement ouvre le sésame des riches centres commerciaux des monarchies du pétrole. Galler vend déjà ses pralines et bâtons de chocolat dans quatre magasins, sous concession, au Liban et aux Emirats arabes unis. D'ici le milieu de l'année prochaine, six autres points de vente vont être ouverts : Dubai, Abu Dhabi (2), Bahreïn, Riyad et Djedda.

Des pralines sans alcool

Les chocolats wallons sont exportés par avion et ne subissent pas de dommages dans ce pays où l'on passe d'une limousine à air conditionné à des bureaux, hôtels et centres commerciaux complètement réfrigérés.

De plus, les consommateurs arabes sont friands de chocolats. "Vous n'imaginez pas le nombre de chocolats chauds qu'on vend dans les malls", explique Jean Galler. "En Belgique, les gens achètent généralement 250 grammes de pralines. Là-bas, c'est tout de suite un kilo". Galler a dû éliminer de son assortiment les pralines à l'alcool, ou en modifier la composition.

À l'heure où la Wallonie se bat contre ses vieux démons, Galler est la preuve qu'une petite société, employant près de 80 employés, est parfaitement capable d'agir sur les marchés extérieurs. Elle crée des emplois (environ 25 engagements depuis trois ans). Surtout, elle prouve que le risque paie. "Des jeunes qui ont des idées et de la compétence, il y en a toujours eu en Wallonie", dit son patron. "Le problème, c'est la trouille. Nous nous sommes trop longtemps enfermés dans un système de sécurité".