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La presse satirique francophone n’est plus ce qu’elle était. A l’instar de la presse écrite généraliste, elle subit la terrible concurrence des médias audiovisuels et électroniques. Mais, circonstance aggravante, elle souffre en plus d’un manque de relève de bonnes plumes dans un registre journalistique qui réclame un certain panache.

Résultat: si "Père Ubu" annonce une diffusion de 4 000 numéros hebdomadaires (3 000 en librairie, 1 000 par abonnements), du côté de "Pan", l’on est beaucoup moins loquace sur sa pénétration publique, sinon pour admettre qu’il a encore ou plutôt qu’il n’avait plus que 300 abonnés.

L’imparfait est désormais de mise puisque comme on a déjà pu le lire dans nos éditions du week-end, les deux "frères ennemis" ont décidé de se réunir pour le meilleur et pour le rire.

Un rappel pour ceux qui reviendraient de Mars: "Ubu" fut à ses débuts une dissidence de "Pan" lorsque cet hebdo fut racheté par Stéphan Jourdain. Depuis lors, l’un et l’autre ont changé de patron: feu Rudy Bogaerts, le directeur de la Brussels School (Uccle) avait entre-temps repris "Père Ubu" alors que "Pan" est passé il y a quelques années entre les mains du producteur Dominique Janne qui, en le reprenant, s’était juré avec un brin d’arrogance de le relancer durablement. Une nouvelle ère s’ouvre puisque ce jeudi, ils ne feront plus qu’un sous l’enseigne de "Père Ubu" mais avec une allusion à son ex-grand rival puisqu’il porte en sous-titre "l’hebdo satirique et indépendant qui met PAN dans le mille".

Lors d’une conférence de presse organisée symboliquement dans les locaux de l’école privée créée par Rudy Bogaerts - là même où le véritable homme-orchestre de "Père Ubu" réalisait, pratiquement seul, son magazine comme un grand - le patron d’"Ubu" John-Alexander Bogaerts, éditeur responsable et rédacteur en chef, et Dominique Janne ont annoncé officiellement leurs épousailles qui se traduiront désormais par "un hebdo de 8 pages d’informations générales et régionales mais aussi de dessins satiriques réalisés par plusieurs dessinateurs couronnés sur le plan international".

John-Alexander Bogaerts a expliqué que prendre la relève de son père fut tout sauf une sinécure mais bon, depuis janvier 2010, l’hebdomadaire a renoué avec sa diffusion antérieure et 20 % d’abonnés en plus. "Reste qu’il n’y a pas de place pour deux hebdos satiriques. C’est ce qui a débouché en accord avec Dominique Janne à un rachat de Pan par Père Ubu."

Mais Dominique Janne ne quitte pas le navire satirique pour autant: là où Bogaerts s’occupera de la version papier, ils travailleront ensemble sur un projet de Web TV satirique dans les mois à venir, son véritable lancement se situant à la rentrée de 2011.

Comme "Ubu" n’a pas les moyens de racheter "Pan", le duo a imaginé une augmentation de capital à laquelle a participé Arnaud van Doosselaere, un banquier d’affaires privé reconnu. Le prix de l’opération? "250 000 euros, soit le prix historique de Pan qui fut le prix demandé par le comte Ivan du Monceau à Stéphan Jourdain et puis par ce dernier à Dominique Janne."

Un mot, enfin, du contenu: si "Ubu" se caractérisait par un conservatisme mâtiné de poujadisme, "Pan" avait plutôt viré à gauche. Bogaerts et Janne refusent toutefois de parler du mariage de l’eau et du feu: "Nous sommes les fous du Roi, forcément des emmerdeurs. On vous réserve beaucoup de surprises même s’il est difficile de sortir 52 scoops par an".

Un "Père Ubu" nouveau donc? "Oui, car on s’est défait des collaborateurs les plus dangereux", conclut Bogaerts.