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Début 2012, le secteur pharmaceutique a été mis devant le fait accompli par la ministre de la Santé Laurette Onkelinx.

Elle l’a, dans un premier temps, sommé de diminuer globalement les prix des médicaments, mesure entrée en vigueur le 1er avril dernier. Depuis le 1er mai, les pharmaciens doivent délivrer l’antibiotique le moins cher. Et il faudra encore trouver 12 millions d’euros supplémentaires dans les prochains mois.

La pilule est donc parfois un peu difficile à avaler pour le secteur pharmaceutique, qui a regretté un manque de concertation sur les mesures imposées au printemps.

Les choses se sont améliorées depuis lors. " Il y a des signes d’ouverture , souligne Sonja Willems, portée récemment à la présidence du conseil d’administration de pharma.be, qui a eu ces dernières semaines des contacts avec les milieux politiques. Nous sommes assez optimistes sur base de ces contacts quant à une reprise de la concertation."

Sonja Willems, faisant écho au point de vue de l’ensemble du secteur, comprend la volonté des autorités de rogner les dépenses en ces temps de crise.

" Que la ministre de la Santé ne veuille pas trop payer, je peux le comprendre. Nous connaissons la réalité économique et sommes tout à fait disposés à l’intégrer dans notre politique. A nous de trouver des opportunités pour dégager des solutions dans un cadre budgétaire serré. Ainsi, pour la diminution des prix pour les médicaments sous brevet, dont les modalités doivent encore être précisées, nous avons quelques pistes qui nous permettent de rencontrer l’objectif sans mettre en péril notre business ", souligne-t-elle. L’une de ces pistes est de ne pas toucher au prix belge si la différence avec l’indice de référence européen est inférieure à 5 %.

Là où cela coince pour l’industrie de recherche pharmaceutique belge, ce sont les signaux que le gouvernement belge adresse.

Il y a bien entendu le discours, récurrent, sur les risques de désinvestissements. Une menace en l’air, d’autant que l’environnement fiscal reste en Belgique favorable à l’industrie pharmaceutique ?

"Cela fait trois ans qu’il y a une baisse des investissements, des emplois et des essais cliniques en Belgique. C’est inquiétant , insiste Sonja Willems. Si vous prenez la récente étude d’Itinera, il y a trois facteurs qui soutiennent le secteur pharmaceutique dans un pays. Il y a une fiscalité favorable, ce qui est le cas. Il y a un environnement favorable pour les chercheurs, ce qui est également le cas. Mais le troisième élément, c’est un prix réaliste et correct sur le marché national. C’est ce dernier point qui pose problème aujourd’hui en Belgique."

Avec plusieurs conséquences. La première, ce sont les prix. " Le prix belge influence le prix dans d’autres pays. Si les prix diminuent en Belgique du facteur 1, ils diminueront du facteur 2,41 en Europe. Cette diminution de prix en Europe entraînera à son tour une diminution des prix en Belgique. Et ainsi de suite. Cela veut dire qu’une baisse des prix en Belgique a des effets sur l’ensemble des revenus du secteur en Europe. Or, les revenus d’aujourd’hui permettent de financer l a recherche de produits innovants de de main, recherche qui prend en moyenne douze ans et coûte 1,5 milliard de dollars par molécule qui atteint le marché. Si la politique des prix change constamment en Belgique, cela suscite les interrogations d’un secteur dont l’horizon d’investissement est de quinze à vingt ans. Au sein de ma propre entreprise, le groupe Janssen, il faut de plus en plus argumenter pour obtenir un investissement, parce qu’il y a cette incertitude mais aussi parce que l’on ne voit pas quel est le plan à long terme à l’égard du secteur pharmaceutique, alors qu’il y en a un par exemple en Suiss e."

Et puis, la baisse du prix des médicaments pèsera aussi sur les exportations belges. Quelque 95 % des médicaments produits en Belgique sont en effet exportés. A lui seul, le secteur représente 13,2 % de l’ensemble de nos exportations. "Si les prix baissent, cela a un impact direct sur le montant des exportations puisqu’elles sont réalisées sur la base du prix belge ", note la présidence du CA de pharma.be.

Une fédération qui botte d’ailleurs en touche - ce n’est pas neuf - vers l’industrie du générique. " Pour les médicaments originaux dont le brevet a expiré, nous sommes les moins chers après la Grèce, selon une étude comparative menée dans quinze pays européens. Les génériques ont par contre une politique de prix assez élevée par rapport aux autres pays européens. De manière globale, c’est dans ce panier qu’il y a des efforts à faire ", remarque Sonja Willems. Tout en reconnaissant que "ces efforts peuvent être faits tant d’un côté que de l’autre" .