Pierre Mariani aurait-il fait des cachotteries ?

La Libre Entreprise Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

La nouvelle a fait peu de remous, mais elle n’en est pas moins interpellante. Fin août, la banque résiduelle Dexia a été forcée d’admettre qu’elle devrait recapitaliser son ancienne filiale luxembourgeoise, la BIL, avant que celle-ci ne soit cédée à Precision Capital, propriété de la famille royale qatarie Al Thani. Le montant serait d’environ 200 à 300 millions d’euros.

Au moment de l’annonce de négociations exclusives avec les Qataris, en avril dernier, l’ex-CEO de Dexia, Pierre Mariani (notre photo) s’était bien gardé de s’attarder sur cet aspect peu reluisant de la négociation. Aurait-il fait des cachotteries à l’égard des marchés ? N’oublions pas que Dexia reste une société cotée et, donc, soumise à des obligations de transparence Quand les informations sur la recapitalisation sont sorties, ils ont été nombreux à se poser la question. Et du côté de Dexia, on a estimé que cela avait été expliqué en avril dernier. Ah bon ? Eh oui, il y avait une phrase dans le communiqué qui évoquait le niveau de capital à atteindre. La voici : "Au moment de la clôture, Banque internationale à Luxembourg aura un niveau de capital élevé correspondant à un ratio des fonds propres durs (Common Equity Tier 1) sous Bâle III de 9 %." L’analyste ou le journaliste devait donc comprendre qu’une recapitalisation serait peut-être nécessaire. Mouais On ne peut s’empêcher de penser que cette phrase est ambiguë.

En attendant, Pierre Mariani, qui est parti avec son parachute doré (tout comme d’ailleurs, paraît-il, sa garde rapprochée), n’en a cure. En outre, il peut se dire que le conseil d’administration a approuvé le communiqué et est autant "mouillé" que lui.

Et une enquête en vue ?

Vu les suspicions qui entourent l’information donnée autour de la vente de la BIL par Dexia, y aura-t-il une enquête de la part de la FSMA (autorité de contrôle des marchés en Belgique) ? Cela vaudrait sans doute la peine. Et cela plus pour l’enjeu de la responsabilité des dirigeants que celui de l’argent. Car soyons clairs : les actionnaires n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Pour les créanciers, à commencer par Belfius (détenue à 100 % par l’Etat belge), c’est, en revanche, un peu différent. Même si le vrai enjeu pour la banque est de récupérer les recettes de la vente de DenizBank en Turquie. Il se dit quand même que la banque publique a peu apprécié la mauvaise nouvelle sur la BIL, et pourrait ne pas être étrangère aux fuites dans la presse fin août

Sans oublier un peu de lecture

Tout ça pour dire qu’on n’a pas fini de parler du groupe franco-belge Dexia. D’ailleurs, Pierre-Henri Thomas, journaliste économique au "Soir", vient de publier un livre bien documenté sur le sujet, "Dexia vie et mort d’un monstre bancaire" (254 pp., 16 euros, Editions Les Petits matins). On peut y lire les grandes étapes du groupe, de la naissance, en 1996, avec la fusion entre le Crédit communal et le Crédit local de France, à sa descente aux enfers depuis 2008. Avec quelques informations inédites, notamment sur le rachat désastreux de la banque néerlandaise Labouchere en 2000, l’auteur chatouille l’ancien management, les régulateurs et les responsables politiques.

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