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PORTRAIT

CORRESPONDANT PERMANENT A PARIS

Au vu de son CV, le nouveau CEO de Dexia est un pur produit de la méritocratie républicaine française. Pierre Mariani, en effet, n'est a priori pas issu du milieu social le plus aisé. Né (au Maroc, en avril 1956) d'un père commissaire de police et d'une mère enseignante, il a néanmoins gravi un à un les étages de "l'ascenseur social", selon l'expression consacrée à Paris.

Ce licencié en droit public, aujourd'hui marié (à une directrice des Musées de France) et père de trois enfants, est passé par les plus grandes écoles de l'Hexagone : Sciences-Po, HEC et, surtout l'Ecole nationale d'administration (ENA) dont il fut diplômé en 1982 - dans la même promotion que deux personnalités hier flamboyantes du monde des affaires : Jean-Marie Messier (Vivendi) et Philippe Delmas (Airbus). Il débuta sa carrière comme inspecteur des finances, adjoint puis principal, au ministère de l'Economie. Après un passage au Budget, il s'orienta, déjà, vers le monde de la banque et de la finance : à la direction de la Société française d'investissements immobiliers et de gestion (SEFIMEG) puis à la Banexi (la banque d'affaires de la BNP Paribas).

Au sein de cette dernière institution, c'est à la tête de la direction du département de la banque de détail à l'international qu'à partir de 1999, il s'illustra. Sous son règne, en effet, la BNP Paribas étendit ses activités dans une soixantaine de pays (Etats-Unis, Turquie, Ukraine, Maghreb, Moyen-Orient, etc.). Ces cinq dernières années, ce pôle d'activité a vu son nombre de collaborateurs passer de 29000 à 75000 et son nombre de clients exploser de 28 à 53 millions. Mardi, les anciens collaborateurs de Pierre Mariani gardaient de lui le souvenir d'un homme "dynamique", "proche de ses équipes" et "passionné par le défrichage de nouveaux marchés".

Politiquement, Pierre Mariani se définirait comme un "sarkozyste, tendance canal historique". Il dirigea le cabinet de l'actuel hôte de l'Elysée lorsque celui-ci, de 1993 à 1995, était ministre du Budget et porte-parole du gouvernement Balladur. Ce banquier peu connu du grand public n'a toutefois jamais médiatisé ses affinités politiques ni n'a joué de rôle ostensible dans la campagne présidentielle victorieuse de Nicolas Sarkozy, en 2007. Sa nomination à la tête de Dexia n'en a pas moins été diversement accueillie à Paris, certaines voix à gauche dénonçant le retour "aux pires moments du capitalisme d'Etat, quand il fallait avoir sa carte du RPR ou du PS pour prétendre diriger une entreprise publique".

En mai dernier déjà, Nicolas Sarkozy avait nommé un de ses proches à la direction générale de la banque Société générale : Frédéric Oudéa, un énarque et polytechnicien, qui, il y a quinze ans, côtoya d'ailleurs Pierre Mariani au Budget.